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          Dialogus

Lucile
écrit à

Charles-Maurice de Talleyrand


Restauration


   

Cher Monsieur Talleyrand-Périgord,

Tout d'abord, comment allez-vous?

Si je vous écris, c'est pour vous demander votre sentiment sur le nouveau roi, Charles X. Ne pensez-vous pas qu'il va reproduire les mêmes erreurs que Louis XVI ?

J'espère vous revoir à la cour.

Cordialement,

Une servante française


Chère Lucile ,

Je me porte bien, aussi bien qu’un homme de mon âge peut aller, et vous remercie de votre sollicitude. Vous-même, comment allez-vous?

Je crains malheureusement de ne pouvoir vous répondre à ce sujet. En effet, il ne m’appartient pas, à moi, humble serviteur de la France de juger, de quelque façon que ce soit, Charles X, par la grâce de Dieu notre souverain. Toutefois, sachez que l’erreur étant en tout homme, mais les caractères étant bien sûr différents, il ne peut nous être possible de prédire ce qu’il adviendra.

Encore une fois, madame, je crains de devoir vous décevoir, mon âge et ma lassitude ne me permettant plus de me rendre à la cour bien souvent; mais, qui sait, peut-être vous rencontrerai-je à nouveau au détour d’une allée ou d’une ligne de vos lettres.

En espérant avoir pu éclairer vos interrogations et, si Dieu le veut, continuer cette correspondance,

Charles-Maurice de Talleyrand Périgord, Duc de Dino, Prince de Bénévent


Monsieur Talleyrand-Périgord,

Je vous remercie de votre écrit: franchement, je ne pensais pas que vous me répondriez. Vous savez, c'est bien la première fois qu'un noble me demande comment je vais. Et ma réponse est que, oui, je vais plutôt bien.

Je me sens confuse, je ne savais pas que dans la haute société on ne puisse donner son avis. Je suis tellement habituée aux ragots de la cour, il faut m'excuser. Mais je ne vous demandais pas de le juger, rassurez-vous.

Vous me faites sourire. Votre comportement diffère vraiment des gens de votre rang. C'est assez étrange de se faire appeler « madame » et de se faire vouvoyer.

J'espère que votre pied-bot ne vous fait pas trop souffrir. Enfin, moi et la médecine ...

J'ai toujours voulu vous le dire, mais je suis encore étonnée que vous ayez survécu à la Révolution et surtout à la Terreur. Vous avez eu de la chance, vous avez pu fuir. Dites-moi, vous n'auriez pas favorisé une carrière ecclésiastique plutôt que politique? À la cour, on vous vante d'être un bon homme d'église.

Dommage de ne pouvoir vous rencontrer, vous m'avez l'air fort sympathique.

Sincèrement,

Lucile, servante à la cour française


Madame,

Je vous remercie de votre réponse me sortant quelques instants de mon ennui. Pour répondre à votre question, mon pied me fait souffrir et ce depuis ma plus tendre enfance: j’aurais bien du mal à me déplacer sans ma chère canne en dent de narval.

Quant à la Révolution, Madame, il se fait que le gouvernement m’avait envoyé dans l’Albion afin d’unifier les poids et les mesures avant que je ne me rende outre-mer afin d’étudier le système politique des jeunes États-Unis d’Amérique.

Quant à ma carrière, Madame, mes années d’ecclésiastique ne furent point les meilleures de ma jeunesse, loin de là. La carrière politique est bien plus intéressante. Me présente-t-on vraiment comme un bon ecclésiastique? Ce mensonge est délicat, Madame, mais je ne peux malheureusement le croire, ayant été le premier évêque défroqué de France et étant actuellement excommunié.

Vous semblez, vous aussi Madame, bien agréable et ne point vous rencontrer m’attriste;  toutefois, notre correspondance pallie cette déconvenue.

En espérant avoir répondu à vos questions,

Charles-Maurice de Talleyrand Périgord, Duc de Dino, Prince de Bénévent

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