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          Dialogus

Mgr F. de N.
écrit à

Charles-Maurice de Talleyrand


Opinions divergentes


   

À monsieur le Prince de Talleyrand,

Les questions que j'aimerais vous poser sont simples et compliquées à la fois:

Certains vous considèrent comme un génie, d'autres vous nomment «le diable boiteux»; certains saluent vos qualités d'homme d'État, tandis que d'autres vous caricaturent en «homme à six têtes». Quel est votre point de vue? Pourquoi ne pas avoir poursuivi la carrière ecclésiastique à laquelle vous étiez destiné? Vous défendez-vous contre vos détracteurs?

J'espère que vous vous portez bien et que vous pardonnerez ma curiosité.

Avec tous mes respects, etc.

Mgr F. de N.


Monseigneur,

Comme vous l’avez si bien écrit, vos interrogations sont à la fois simples et extrêmement complexes. Je ne puis, Monseigneur, répondre à votre question, si ce n’est en vous disant que je ne suis qu’un humble serviteur de la France mais je me plais à penser que, dans bien des années, les hommes s’interrogeront toujours sur ma personne et mes motifs.

Je n’étais, Monseigneur, destiné à cette carrière que par mon handicap et ne l’ai jamais vue -n’en prenez pas ombrage- que comme le moyen d’accéder à l’art qui me passionnait véritablement, celui de la négociation. Comme vous l’avez sans doute appris, je fus de plus excommunié par Sa Sainteté. Il me fut donc nécessaire de rejoindre les intrigues de la politique. Il m’a, qui plus est, semblé que l’Église de ce temps avait tendance à confondre la lumière divine avec celle des bougies.

Enfin, quant à me défendre Monseigneur, je n’ai point à me défendre contre des allégations, le silence sera toujours pour ces gens ma réponse.

En espérant, Monseigneur, avoir répondu à vos questions et au plaisir de converser à nouveau avec vous,

Charles-Maurice de Talleyrand Périgord, Prince de Bénévent, Duc de Dino, ancien évêque d’Autun

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