Lettre d'acceptation
de Charles-Maurice de Talleyrand
à l'Éditeur

 

À l'aube de mes quatre-vingt-trois ans, dans l'ennui d'une vieillesse qui m'éloigne désormais de tous les casse-têtes politiques que j'ai pu résoudre, sans plus aucune intrigue à démêler ni, je le crains, aucune femme à séduire, je vous écris, lecteurs inconnus, séparés de moi par bien des années.

Lorsque ma très chère Dorothée m'a parlé de cette façon peu commune de tromper l'ennui tout en maintenant mon esprit alerte, j'avoue avoir été sceptique. Mais aujourd'hui, assis à mon bureau, tandis que je regarde ma petite Charlotte jouer, je suis on ne peut plus conscient du temps qui passe et m'entraîne toujours un peu plus vite. Aussi je vous envoie cette missive en espérant rencontrer nombre d'esprits brillants avec lesquels converser.

En espérant avoir très bientôt de vos nouvelles,

Charles-Maurice de Talleyrand Périgord, duc de Dino et prince de Bénévent