Clément
écrit à




L'Impératrice Sissi






Vous et moi



A Sa Majesté l'impératrice,

Ma chère Sissi,

Je suis l'un de vos plus grand fans! Vous êtes magnifique, je vous aime -mais pas par amour! Je sais que tous les garçons sont attirés par une fille juste parce qu'elle est belle mais aussi pour coucher avec elle. Moi, ce n'est pas du tout mon cas; je vous trouve très belle mais j'aime aussi les choses que vous faites, ce que vous portez. J'aurais trop aimé être à la place de Franz! Malheureusement, c'est foutu!

J'adore les manifiques robes que vous portez mais aussi vos bijoux et vos coiffures. Cela va vous sembler étrange, Majesté, mais je veux être couturier et je voudrais pouvoir créer vos robes, vos bijoux et vos coiffures. Pour Noël, j'ai reçu une machine à coudre; drôle de cadeau!

J'aimerais bien avoir des photos de vos robes, de vos coiffures et de vos bijoux; je fais un exposé sur vous que je vais presenter avec vos robes, vos coiffures et vos bijoux à la bibliothèque de mon village.

J'espère aller visister un jour la Bavière et votre demeure à Vienne. J'aimerais également vous rencontrer. C'est grâce à un spectacle que je vous ai connue: tous les étés, à côté de chez moi, on organise un grand spectacle nocturne où il y a quand même deux mille personnes qui viennent chaque année. Ca parle un peu de tout, il y a Ali-Baba, les Mousquetaires, Robin des Bois, Apollo 11, l'histoire de notre château, Cleopâtre, Molière, Marco Polo, le cinéma, le Brésil et bien sûr, vous! Eh oui, on ne vous a pas oubliée! On a fait plus de dix robes pour les valses en votre honneur et une magnifique robe à vous -elle est vraiment magnifique- mais aussi les costumes de l'empereur. Il y a plus de trois cents costumes et plus de deux-cent-cinquante personnages différents! Ce spectacle est magnifique et c'est comme cela que je suis tombé amoureux de vous.

Voilà, je vous ai tout dit.  C'est mal rédigé et surtout, si Sa Majesté veut bien me faire une faveur, qu'elle ne regarde pas les fautes d'orthographe. Merci beaucoup. Je voudrais rester en contact avec Sa Majesté.

Cordialement,

Clément


Cher Clément,

Quelle gentillesse! Mais au risque de gâcher votre plaisir, je dois vous avertir qu’en ce bel automne 1898, j’ai soixante-et-un ans et j’approche dangereusement de mon soixante-deuxième anniversaire! Ma légendaire beauté est bien loin derrière moi, et mes belles toilettes colorées ne sont plus qu’un souvenir. Je ne revêts plus désormais que des vêtements de deuil, plus conformes à la détresse de mon âme.

J’ai toutefois voulu préserver, pour la postérité, l’image de ma beauté, moi qui fus un temps considérée comme la plus belle femme du monde. Dès que j’ai vu mes premières rides, dès que j’ai vu mes traits s’alourdir sous le poids des années et des larmes, j’ai cessé de poser devant tous les peintres et les photographes. Personne de votre génération ne verra jamais mon visage rongé par le chagrin et l’angoisse; seul demeurera pour vous l’image de l’impératrice aux étoiles, telle que je fus immortalisée par le talentueux Winterhalter. Ces portraits ainsi que mes poèmes, reflets de mon âme, n’est-ce pas les plus beaux souvenirs de moi-même que je pouvais léguer aux âmes du futur?

Avec toute mon amitié,

Elisabeth