Welter
écrit à




L'Impératrice Sissi






Votre vie privée



Pourquoi avoir choisi cette vie artificielle à la cour alors que vous ne vous sentiez pas faite pour ça?

Welter

Cher Welter,
 
Je suis bien loin d'avoir choisi cette vie, croyez moi! Comme vous le dites si bien, je sentais pertinemment que je n'étais pas faite pour ce rôle, et c'est la peur bien davantage que la joie qui a présidé à mes fiançailles, lors de ce fatidique été 1853 à Ischl. Franz a été frappé d'un coup de foudre contre lequel il était absolument impossible de m'insurger. «On n'envoie pas promener un empereur d'Autriche!» répétait ma mère. Il a pris feu et flamme en me rencontrant, et je n'avais aucun droit de refuser sa demande; imaginez un peu le scandale dans la famille et dans tout le Gotha! À quinze ans, bien qu'ayant été élevée en toute liberté, on m'avait quand même inculqué le souci des conventions et des règles de bienséance régentant la vie de l'aristocratie. J'avais sans aucune répugnance fait mes débuts à la cour de Munich, événement que je considérais comme tout à fait normal, et sans le coup de foudre de François-Joseph, j'aurais très certainement épousé un membre de la noblesse, mais avec un titre et un rôle de représentation bien plus modestes. «Si seulement il n'était pas empereur!» Une phrase que j'ai prononcée le jour même de sa demande en mariage et que je me répète encore, plus de quarante années après. Il y a des événements prévus par la fatalité, contre lesquels on ne peut rien, cher ami. Je sais que je marche vers un but effrayant qui m'est assigné par le destin, et rien de ce que je pourrai faire ne pourra l'éviter. Ainsi en fut-il de ce mariage, qui m'est littéralement tombé dessus bien malgré moi.
 
Sincèrement,
 
Élisabeth