Votre trousseau de mariée
       

       
         
         

Nathalie

      Votre Majesté,

Peut-être êtes-vous beaucoup trop humble et maintenant tellement peu intéressée aux beaux vêtements que vous n'osez pas exposer ici la tonne de vêtements dont vous pouviez disposer lors de vos épousailles avec l'empereur Franz Josef Ier d'Autriche. Alors pour le pur bénéfice de vos lecteurs (surtout de vos lectrices!!!), voici la description de votre trousseau de mariée, uniquement en ce qui a trait aux vêtements (on ne parle pas ici des centaines de bijoux inestimables que vous avez reçus en cadeau de votre époux, de votre belle-mère l'archiduchesse, et de vos tantes reines à travers toute l'Europe):

43 robes, dont 17 pour les cérémonies officielles sans oublier une noire pour les cérémonies funéraires, six pour la vie familiale, 17 très fleuries et brodées pour l'été et 4 à traîne pour les 4 bals annuels de la Cour (2 blanches, une rose et une bleue). À ces robes s'ajoutent 16 chapeaux avec plumes, dentelle ou en paille, 8 mantilles, 5 mantelets, 5 manteaux. La lingerie comportait 168 chemises, 168 paires de bas, tant en soie éthérée pour les cérémonies et pour l'été qu'en laine pour les sorties extérieures l'hiver, 72 jupons, 60 culottes, 36 chemises de nuit, 10 déshabillés en mousseline et en soie, 12 bonnets de nuit, 3 corsets et 3 crinolines de différentes ampleurs, 4 corsets d'équitation, 24 peignoirs de bain, 3 chemises de bain (à l'époque, il était jugé obscène de prendre son bain nue mais vous y avez contrevenu souvent, n'est-ce pas, Votre Majesté!).

Les accessoires: 5 paires de pantoufles, 20 paires de gants et...113 paires de chaussures en satin, en soie, en velours et en cuir que vous ne pouviez porter qu'une seule fois chacune! Vous aviez 6 paires de bottes en cuir dont 4 paires pour l'équitation, 3 paires de bottes en caoutchouc, 2 parapluies, 6 parasols, des peignes en écaille, un gros nécessaire de couture avec des milliers de boutons de toutes sortes! Tout cet attirail était bien sûr renouvelé tous les ans, selon la mode en cour à chaque année car à cette époque aussi, la mode pouvait changer du jour au lendemain; une année, les crinolines sont très larges, l'année d'après elles le sont moins, trois ans plus tard, elles ne sont plus à la mode, c'est la mode des «faux-culs», etc!!!

Comme je l'ai déjà mentionné, je ne parle pas ici de tous les bijoux que vous aviez reçus chaque année en cadeaux de votre mari ou autre tête couronnée en hommage à votre beauté (pour en avoir un très mince aperçu, voyez mon site Groupe Yahoo! qui porte le nom Sissi Erzsébet, impératrice et reine) ni de vos multiples parures de cheveux dont les célèbres étoiles d'or du tableau de Winterhalter et les dizaines de diadèmes qui ornèrent vos magnifiques cheveux auburn d'un mètre soixante-dix de long!!!

Voilà, c'était un petit aperçu de votre trousseau de mariée, Votre Majesté, de quoi faire rêver et même saliver d'envie toutes les jeunes filles et jeunes femmes de mon époque où les jeans sont de rigueur plus souvent qu'autrement!!!

Mes salutations respectueuses,

Votre humble amie Nathalie
         
         

Impératrice Sissi

      Très chère Nathalie,

Si vous saviez! Si vous saviez avec quels regards dédaigneux ce «somptueux» trousseau a été considéré lorsque les malles sont arrivées à Vienne! Car «elles» ont tout vu, évidemment! Tout a été déballé, exposé et examiné bien avant mon arrivée, jusqu'au moindre jupon, jusqu'aux sous-vêtements de baptiste! Et les belles comtesses de hocher pensivement la tête; décidément, cette petite duchesse «en» Bavière n'avait rien et n'était rien!

Même Franz se lamentait, lorsqu'il venait à Possenhofen pendant les quelques congés qu'il s'est accordé durant nos fiançailles. Il écrivait à sa mère que, quant à mon trousseau, il ne voyait pas bien comment on pourrait le faire avancer plus vite et qu'il craignait qu'il ne soit pas très joli. Même la panoplie de bijoux que vous énumérez était constituée, pour la plupart, des cadeaux faits par Franz ou par sa mère - dont la fameuse parure qu'elle avait portée à son propre mariage - durant les fiançailles. La dot elle-même a été considérée tellement insuffisante que Franz s'est senti obligé de la «compenser» dans le contrat de mariage, par un don de 100 000 florins. «Un train de gueux», c'est ainsi que les courtisans ont parlé de ma famille, pendant plusieurs années. Raison de plus pour moi de fuir soigneusement tous ces glorieux personnages...

Sincèrement,

Elisabeth


 



 

Nathalie


 
À Sa Majesté l'impératrice d'Autriche et reine de Hongrie

Votre Majesté, 

Je suis bien amusée des propos que vous tenez au sujet de votre «pauvre» garde-robe de trousseau de mariée et des commentaires «dédaigneux» qu'elle avait suscités chez les snobs de la Cour de Vienne! Mais avec les 100 000 florins annuels de compensation que vous versait Franz, vous avez bien dû remédier à cette fâcheuse situation, puisque vous avez votre fierté!

Votre humble amie Nathalie

P.S. J'aurais bien aimé être de celles qui se voyaient donner vos souliers après que vous les ayez portés une seule fois! Cependant, je crois que vu notre différence de taille (vous êtes grande et moi petite), nous ne portons sûrement pas la même pointure de chaussures!!!


 



 

Impératrice Sissi


 
Chère Nathalie,

En effet, j'ai bien vite remédié à la situation... ou plutôt «on» y a remédié pour moi, puisque je n'avais guère voix au chapitre à cette époque et que je n'en voyais pas vraiment l'importance. Puis, mon goût s'étant affiné - et étant dans l'obligation de suivre moi aussi la mode - je me suis laissée tenter par les somptueuses crinolines de la maison Worth, à Paris. Mais je suis bien heureuse que la mode des crinolines soit passée durant les années 1870 car, malgré leur élégance indéniable, ces robes étaient pour le moins incommodes et très volumineuses. Je les portais surtout pour les cérémonies officielles, mes goûts personnels me portant vers les vêtements plus simples, plus pratiques et, pour tout dire, un peu vieillots... D'ailleurs, durant ces années 1870-1880, on m'a davantage vue revêtue d'une amazone que d'une crinoline! L'épouse de l'ambassadeur de Belgique se plaignait que je ne vivais que pour mon cheval. Ce n'est donc pas moi, mais la princesse Pauline Metternich qui «donnait le ton» dans le domaine de la mode, à Vienne.

En ce qui concerne mes chaussures, sachez que je n'ai pas laissé cet usage perdurer bien longtemps. Quelle coutume stupide! Imaginez un peu l'inconfort d'une paire de chaussures neuves... N'est-ce pas après quelques jours qu'elles deviennent enfin confortables? L'impératrice était «l'essayeuse» des chaussures de ses femmes de chambre! À leur grande indignation - et à celle de ma belle-mère - j'ai décidé un beau matin de remettre mes chaussures de la veille, et j'ai ainsi mis fin à un usage aussi ancien que stupide. D'ailleurs, la plupart du temps, elles ne les portaient pas, elles les revendaient! Remarquez que dans plusieurs cas, il s'agissait de fines chaussures de toilette, en satin ou en velours, très fragiles, qui ne pouvaient plus être reportées très souvent. Mais dans le cas des chaussures de tous les jours et des chaussures de marche, j'ai tenu à conserver à l'avenir celles qui me plaisaient, et tant pis pour Madame l'Étiquette!

Amicalement,

Elisabeth