Votre mari (2)
       

       
         
         

Romy

      Chère impératrice Sissi,

Je suis une de plus vos plus grandes admiratrices. Je vous trouve très belle et c'est pourquoi j'aimerais vous poser une question: votre mari François-Joseph était-il vraiment séduisant? Qu'est-ce qui vous a attiré chez lui? Si je me permets de vous demander cela, c'est que les quelques portraits que j'ai pu voir de lui n'étaient pas très flatteurs.

Merci et à bientôt,

Romy
          
          

Impératrice Sissi


 
Ma chère Romy,

La fin de votre lettre a provoqué chez moi un éclat de rire aussi spontané qu'inattendu. Mes dames d'honneur me regardent avec une certaine inquiétude. Avec toutes ces rumeurs qui circulent sur mon état mental, le son de mon rire a pour elles quelque chose d'insolite, qui résonne bizarrement sous les lambris de la «Kekerburg», le «palais-cachot».

Pauvre Franz! Il serait bien marri d'apprendre qu'une jeune fille trouve ses portraits «pas très flatteurs», lui qui était la coqueluche des belles comtesses viennoises dans sa jeunesse! Voici le portrait que traçait de lui un diplomate Français de passage à Vienne à cette époque-là: «Grand, souple, très bien tourné, doué d'une santé à toute épreuve, François-Joseph est un remarquable spécimen de sa race». Et vous serez surprise d'apprendre que c'est plutôt moi qui n'étais pas considérée comme très jolie à seize ans! Sans doute les critères de beauté ont-ils changé au cours des siècles!

Pour ma part, je trouvais Franz très séduisant à cette époque, comme toutes les jeunes filles de mon temps, et je m'émerveillais qu'il m'eût choisie, moi qui étais si peu de chose. Sans les aléas de la vie de Cour qui se sont acharnés contre notre bonheur naissant, cette attirance aurait sûrement pu se transformer en amour profond et sincère. Malheureusement, les chagrins et les déceptions ont vite recouvert mon beau rêve d'amour d'un voile d'amertume, et il ne me reste guère que de la tendresse et du respect pour mon pauvre petit homme si solitaire...

Sincèrement,

Elisabeth