Votre mari
       

       
         
         

Nadia

      Chère Sissi,

J'ai lu beaucoup d'articles à propos de votre vie et j'ai toujours été fasciné par votre histoire. En fait, j'ai toujours pensé que les films de Romy Schneider racontaient la réalité sur votre vie. Aimiez-vous vraiment votre mari? Était-ce un mariage d'amour comme dans le film ou un mariage arrangé?

Avec mes remerciements les plus distingués.

Nadia
         
         

Impératrice Sissi

      Ma chère Nadia,

Le thème de l'amour entre moi et mon époux semble vraiment passionner votre époque! Comme quoi les légendes ont la vie dure...

Pour répondre à votre question, on pourrait dire qu'il y a un peu des deux. C'était à la fois un mariage d'amour et un mariage «arrangé». Franz devait initialement épouser ma soeur Hélène. Officiellement, en ce mois d'août 1853, nous nous rendions à Ischl pour célébrer son anniversaire de naissance. Mais officieusement, ma mère et ma tante Sophie espéraient bien que ce séjour se terminerait par des fiançailles officielles entre lui et Hélène. Malheureusement pour le destin, ma mère avait décidé de m'amener également pour donner à cette rencontre un caractère plus familial. Et comme mon cousin Carl-Ludwig, le frère de Franz, était également plus ou moins amoureux de moi depuis 1848, elle avait probablement une arrière-pensée...

Dès que Franz a posé les yeux sur moi, Hélène a tout simplement cessé d'exister pour lui. Le coup de foudre... de son côté. Pour ma part, je le trouvais charmant, beau, mais il m'intimidais terriblement. Oui, je me sentais prête à l'aimer, mais je me trouvais si jeune, si peu préparée à ce rôle! «Si seulement il n'était pas empereur!» me suis-je exclamée en sanglotant dans les bras de ma mère, lorsqu'elle m'a fait part de sa demande en mariage. Je me suis répété bien souvent cette réflexion depuis... Évidemment, il était hors de question de me laisser du temps pour apprendre à le connaître, pour voir s'il s'agissait vraiment d'amour ou d'un simple béguin d'adolescente. Lui me voulait, et le point était réglé. «On n'envoie pas promener un empereur d'Autriche», disait ma mère...

Amicalement,

Élisabeth


 



 

Nadia


 
Ma très chère Sissi,

Je vous remercie d'avoir répondu à ma question, mais permettez-moi de vous en poser une autre: comment était la vie au château? Contrairement à d'autres jeunes filles celle-ci ne semblait guère vous plaire.

Merci encore de me répondre.
Avec mes salutations les plus distinguées,

Nadia


 



 

Impératrice Sissi


 
Ma chère Nadia, 

En effet, je n'ai guère apprécié ma vie au château, surtout aux tout débuts de mon mariage. J'ai fini par m'y habituer, évidemment, mais au départ ce fut très difficile. La vie à Possenhofen, dans ma jeunesse, était très informelle. Je pouvais courir les champs comme je le voulais, et il n'y avait guère de réceptions auxquelles nous devions assister. Seul mon père, de par son rang, devait parfois paraître à la Residenz à Munich, et il pestait chaque fois. Le plus grand plaisir de mon père était de venir nous chercher au beau milieu de nos leçons, pour aller mettre le verger au pillage avec les petits paysans de ses terres! Imaginez le contraste lorsque je suis arrivée à la Hofburg, à 16 ans... 

Dès le matin, je devais être habillée de pied en cap au cas où une visite imprévue s'annoncerait. Le protocole déteste l'imprévu, mais adore le «prévoir». Silence dans la salle à manger, emploi du temps planifié des jours à l'avance, mon entourage choisi par ma tante et composé presque entièrement de dames ayant plus du double de mon âge... La Hofburg a été pour moi une cage dorée, tout comme Laxenbourg, pourtant magnifique, mais où j'ai passé une triste lune de miel. Mon époux partait pour Vienne dès 6h00 du matin et ne rentrait que pour dîner et pour passer une courte soirée avec moi. J'ai bien tenté de le suivre à Vienne pour échapper à la compagnie de ma belle-mère, mais elle disait qu'il ne convient pas à une impératrice de courir derrière son mari comme un petit lieutenant. Une seule fois, Franz a cédé à ma demande, mais à notre retour, notre belle-mère nous a accueillis de telle façon que nous n'avons jamais osé recommencer... 

Non Nadia, la «vie de château» n'a rien eu de féérique pour moi, malgré la beauté de certains d'entre eux. Même aujourd'hui, mon «château» préféré en Autriche se nomme Villa Hermès, à Linz. C'est une demeure que mon époux a fait construire pour moi, aux dimensions beaucoup plus humaines. De grandes baies vitrées dans la salle à manger donnent directement sur la forêt, de sorte qu'on a l'impression de prendre notre petit déjeuner en pleine nature et c'est bien agréable. J'aime également beaucoup Gödölö en Hongrie, car c'est l'amour du peuple Hongrois qui m'a donné château comme cadeau de couronnement, et on y vit beaucoup plus chaleureusement qu'à Vienne. 

Amicalement, 

Elisabeth