Votre cousin Louis
       

       
         
         

Atalante

      Majesté,

J'ai lu de nombreux livres sur votre vie et il semble que votre cousin Louis II souhaitait vous épouser. Si vous aviez eu le choix, l'auriez-vous fait?

Après sa mort, vous avez écrit un poème dans lequel vous disiez adieu à la Bavière. Y êtes-vous retournée ensuite?
Je vous remercie de répondre à ces questions, votre Majesté, en espérant ne pas vous avoir importunée.

Votre dévouée,
Atalante
         
         

Impératrice Sissi

      Chère âme,

Non, chère Atalante (quel magnifique prénom!), mon cousin Louis n’a jamais eu le désir de m’épouser, et ceci pour deux raisons majeures: la première, c’est que les seules femmes qui intéressaient Louis étaient des actrices ayant l’âge de sa mère. Autrement dit, pour parler pudiquement, Louis n’était guère intéressé aux femmes. Il me vouait un véritable culte, je vous l’accorde, mais c’était principalement parce que nos âmes s’accordaient merveilleusement et que nous avions tous deux le culte de la beauté. Lorsqu’il me regardait, il en éprouvait un contentement purement esthétique qui n’allait pas plus loin que la plus totale admiration. C’est d’ailleurs l’unique raison pour laquelle il s’est fiancé un certain temps à ma sœur Sophie; tout d’abord parce qu’elle me ressemblait beaucoup, et aussi parce que tout comme lui elle aimait la musique de Wagner, la poésie, et chantait merveilleusement. Il retrouvait en elle ce qu’il aimait en moi, mais l’approche de la date du mariage l’a mis en face de sa répulsion face au corps d’une femme… Il a rompu ses fiançailles, ce qui a causé un grand scandale mais qui a évité à ma pauvre sœur une vie très malheureuse.

L’autre raison, c’est qu’au moment où j’étais en âge de me marier, Louis n’était lui-même qu’un enfant. Nous avions huit ans de différence, cela seul aurait suffi pour contrer toute velléité de mariage.

Je suis retournée en Bavière même après la mort du roi; après tout, ma chère Mimi y résidait toujours, de même que mes frère Louis et Karl-Théodore, ainsi que ma fille Gisèle. Ma mère est morte, et Possenhoffen n’est plus pareil sans elle, mais je vois parfois Karl-Théodore et Gisèle à Munich (j’essaie alors d’éviter le Prince-régent Luitpold, son beau-père, que je rends directement responsable de la mort du roi) et Louis à sa demeure de Garatshausen. Mais les souvenirs que j’ai laissés dans ce pays vieillissent mal, et je n’y passe désormais que quelques jours par année. 

Amicalement,
Elisabeth