Isabelle
écrit à

   


L'Impératrice Sissi

     
   

Votre cousin et votre mélancolie

    Chère Sissi,

Ne pensez-vous pas que l'état psychologique de votre cousin ne vous ait tournée un peu plus vers la mélancolie?

Et que vous luttiez pour le même combat de l'amour?

Isabelle Gries



Chère âme,

Le combat que Louis et moi menions de concert était essentiellement dirigé contre les conventions, contre l'hypocrisie instaurée en système, tant à la cour de Vienne qu'à celle de Munich, contre la brutalité et contre le regard des hommes. Comme tous les Wittelsbach, Louis était un artiste, ses oeuvres jalonnaient la Bavière et faisaient l'admiration des hommes. Pourtant, n'est-ce pas en partie à cause de ses oeuvres, à cause de ces châteaux magnifiques, que Louis a été renversé, déclaré fou et finalement conduit à la mort? Quelle ironie. Quelle tristesse.

Tout comme je cultivais ma beauté pour moi seule, Louis voulait jouir de son oeuvre seul; c'est pourquoi le féérique château de Neushwanstein, entre autres, est aussi inaccessible. Il faisait jouer des opéras pour lui seul, fournissait le détail historique pour l'élaboration de pièces de théâtre qu'il faisait présenter devant lui seul; il fuyait les hommes, leur incompréhension et leur manque d'élévation. Je fais de même derrière ma voilette, mon ombrelle ou mon éventail de cuir. Ce n'est que loin des hommes que l'on peut trouver un peu de paix. Louis n'était pas un fou, ce n'était qu'un original perdu dans son rêve de pierre.

Ce ne sont pas nos rapports qui ont augmenté ma mélancolie, chère enfant, c'est sa mort. Sa mort, suivie de près par celle de mon fils avec qui il s'entendait si bien, ont eu raison de ma joie de vivre et de mes espoirs. Ce sont d'ailleurs des mots que j'ai rayés à tout jamais de mon vocabulaire. Quand il se met à détruire, le Grand Jéhovah peut être terrible comme la tempête. Mais je ne me révolte plus contre le sort; je suis de pierre. La mouette marine erre désormais d'île en île, dans l'attente du moment bienheureux où elle pourra enfin rejoindre l'aigle des montagnes, fauché en plein vol.

Sincèrement.

Elisabeth