Lasiciliana
écrit à

   


L'Impératrice Sissi

     
   

Votre confident hongrois

    Chère et merveilleuse Sissi!

Pouvez-vous me faire parvenir le nom de votre confident hongrois? Je vous en remercie d'avance.
 

Chère âme,

Voilà une question à laquelle il m'est bien difficile de répondre, puisque pratiquement tous mes confidents ont été hongrois! Je n'ai jamais pu m'attacher suffisamment à aucun aristocrate viennois ni à aucune dame de cette société. Seuls les Hongrois, qui m'ont accueillie comme une véritable fille de la Hongrie, m'ont paru dignes que je leur ouvre mon coeur. Vous m'offrez donc l'embarras du choix!

Mon premier confident hongrois a été, je crois, ce cher monsieur Majláth. Jean Majláth était un vieil ami de mon père, qui l'a engagé durant l'année de mes fiançailles pour me donner des leçons d'histoire de l'empire d'Autriche. Il est le premier à avoir fait vibrer mon coeur pour la Hongrie, et le premier à qui j'ai osé, dans le plus grand secret, confier mes craintes face à l'avenir qui m'attendait.

Ensuite il y eut Imre et Lily Hunyadi, frère et soeur, qui m'accompagnèrent à Madère en 1860. Lily était ma dame d'honneur préférée, et elle est demeurée une grande amie bien après que son mariage l'eut forcée à quitter mon service. Son frère Imre m'a donné mes premières leçons de hongrois sur la terrasse de ma villa, mais il tomba amoureux de moi d'une façon si évidente qu'il fut bientôt rappelé à Vienne. Lily demeura ma confidente, la première véritable amie que j'ai pu avoir parmi mes dames d'honneur (avec qui je ne devais pas, selon l'usage, avoir aucun lien d'amitié personnel) et elle sut, elle aussi, me faire aimer son pays d'origine dont elle parlait toujours avec chaleur.

Mais ma plus grande confidente, mon amie la plus dévouée fut et reste sans conteste ma douce Ida Ferenczy. Ida est entrée à mon service en 1864, tout d'abord à titre de lectrice car ses titres de noblesse étaient trop modestes pour qu'elle puisse devenir dame d'honneur. Mais elle a bien vite partagé la plupart de mes journées et sa présence auprès de moi n'a bientôt rien eu à voir avec la lecture! C'est en grande partie grâce à elle que j'ai pu entrer en contact avec Ferenc Deák et avec le comte Andrássy et à ce titre, les Hongrois devraient lui vouer autant de reconnaissance qu'à moi, car elle a certainement sa part de responsabilité – positive s'entend – dans la réalisation du Compromis de 1867. Mon amie Marie Fetetics est entrée à mon service à titre de dame d'honneur quelques années après, et m'a accompagnée dans pratiquement tous mes déplacements. La pauvre, on m'accuse de l'avoir presque tuée à coups de marches forcées! Je ménage donc ma dame d'honneur actuelle, Irma, qui m'accompagne désormais dans mes promenades puisque la bronchite de Marie ne le lui permet plus.

Voilà pour mes amis hongrois ma chère âme. Guyla Andrássy fut évidemment un bien grand ami, et vous en saurez plus à ce sujet en lisant une autre de mes lettres «Le comte Andrássy». Il y a eu également le baron Nopsca, mon intendant, qui m'aimait comme un véritable père mais qui a dû quitter mon service il y a quelques années en raison de son âge. Tous ces gens m'entourent, m'aiment et je les aime aussi. Mais pour ce qui est du terme de «confident», chère âme, mon meilleur confident fut sans conteste mon Journal poétique. Plusieurs personnes ont cru m'approcher de très près, ou cru que je m'étais confiée à elles comme à personne auparavant. Mon lecteur Constantin Christomanos, le baron de Warsberg et bien d'autres ont partagé cette illusion mais finalement, j'ai toujours gardé mon coeur pour moi-même. Pourquoi donner aux autres des armes dont ils peuvent ensuite se servir pour vous blesser?

Amicalement,

Élisabeth