Kristina
écrit à




L'Impératrice Sissi






Votre beau-père (2)



Chère Sissi,

Comment allez-vous depuis nos dernières lettres?

Je sais que vos relations avec votre belle-mère étaient malheureuses, voire horribles. Je suis scandalisée de la manière dont elle vous a traitée, notamment en vous enlevant vos enfants. C'est une chose horrible. Mais qu'en était-il de votre beau-père? Comment était-il avec vous? Était-il comme son épouse?

Je vous embrasse,

Kristina


Chère Kristina,
 
Mon beau-père François-Charles était un homme exceptionnellement discret, qui souhaitait avant toute chose -comme moi, quelle coïncidence!- qu'on le laissât en paix. C'est pourquoi il n'avait opposé aucune objection à renoncer à ses droits, lorsque son frère aîné Ferdinand dut abdiquer comme empereur d'Autriche en 1848.
 
On dit qu'aux débuts de leur mariage, mon beau-père était d'une rare brutalité, et que ma belle-mère fut très malheureuse avec lui, se réfugiant dans une tendre amitié avec le duc de Reichstadt, le fils de Napoléon. Après la mort de ce dernier, et après la mort de sa seule fille, Anna, à l'âge d'environ cinq ans, elle se durcit considérablement, et réussit à prendre un ascendant très fort sur toute la famille, fils et époux compris. On disait d'elle qu'elle était «le seul homme de la famille», c'est tout dire!
 
Mon beau-père, après l'accession de Franz au trône, se désintéressa d'à peu près tout. Il faisait ses promenades quotidiennes à pied dans Vienne (ce qu'on m'interdisait!), lisait ses gazettes et s'occupait de ses collections, laissant le soin à ma belle-mère de régenter la famille et l'empire. Ma belle-mère avait pris tellement de place à la Cour que, comme tout le monde dans la famille, j'avais très peu de contacts avec lui. Lorsqu'il est décédé en 1878, ce fut presque une surprise pour bien des courtisans qui avaient pratiquement oublié son existence. Une bien triste vie, en somme.
 
Sincèrement,
 
Élisabeth