Tesslou
écrit à




L'Impératrice Sissi






Votre beau-frère



Sissi,

On dit que votre tante a eu un enfant avec le roi de Rome qui était bien sûr votre beau-frère, le fils -comme par hasard préféré- de votre tante. Maximilien était-il vraiment le fils du fils de Napoléon? Quelles étaient leurs relations exactement?

Et concernant votre petite-fille, la fille de votre fils, qu'est-elle devenue? A-t-elle eu des enfants? Est-elle mariée? Et votre belle-fille, la femme de votre fils, s'est-elle remariée? A-t-elle eu des enfants d'un autre mariage? Enfin qu'est-elle devenue?


Merci d'avance de vos réponses que j'attends avec impatience car je suis très passionnée par votre vie.

À bientôt.

Tess


Chère Tess,

Ma petite-fille Erzsi, fille de Rodolphe, n’a que quinze ans au moment où je vous écris, et elle fera probablement ses débuts durant la saison des bals de cet hiver. C’est une très belle jeune fille, qui promet d’être très grande –sa mère mesure un mètre soixante-douze, elle est plus grande que moi– et qui a beaucoup de caractère. J’ignore qui elle épousera, si mon époux en fera un instrument de sa politique et arrangera lui-même son mariage, ou bien si elle pourra suivre les élans de son coeur. C’est une jeune fille passionnée et entière, qui ne sera guère heureuse, je le crains. Elle recherchera dans chaque homme qu’elle rencontrera l’image de son père perdu à cinq ans, et elle ne sera probablement jamais satisfaite. J’aime beaucoup cette belle enfant, le seul bien qu’il me reste de Rodolphe. Elle me demande souvent de l’amener avec elle en voyage mais je refuse toujours car je sais qu’un jour, je ne reviendrai pas.

En ce qui concerne ma belle-fille Stéphanie, bien que je ne l'aie jamais particulièrement aimée, je dois reconnaître qu'elle fut victime d'abominables commérages et calomnies suite à la mort de Rodolphe, dont on la rendait plus ou moins responsable. La pauvre s'est retirée à Miramar pendant quelques mois, puis est revenue à Vienne. L'empereur lui a permis de conserver les appartements qu'elle occupait à la Hofburg et à Laxenburg, et de résider dans quelque palais qu'il lui plairait en Autriche. Le roi et la reine de Belgique auraient bien aimé la ramener avec eux, mais Stéphanie et sa fille appartiennent désormais à l'Autriche. À moins qu'elle ne se remarie un jour, ce qui n'est pas exclu. On voit beaucoup un certain prince de Lonyay parmi ses familiers depuis quelque temps, me dit mon époux. J'ignore ce qu'il en adviendra. Je la vois très peu, elle voyage presque autant que moi, nous sommes donc rarement à Vienne en même temps.

Finalement, concernant mon beau-frère Maximilien, il était en effet le préféré de ma belle-mère, mais cela n’en fait pas le fils de l’Aiglon pour autant. D’ailleurs, il avait quelques traits Habsbourg très prononcés, physiquement j’entends, car au point de vue du caractère, c’était un Wittelsbach: artiste, poète, passionné… C’est sans doute pour cela qu’il était le préféré de l’archiduchesse, et mon beau-frère favori. Il est né au même moment où l’Aiglon, dont ma belle-mère avait tenté d’adoucir la solitude, agonisait seul dans une famille hostile. Ma belle-mère s’était attachée au duc de Reichstadt comme on s’attache à un enfant, et leur amitié, bien que romantique, ne s’est jamais transformée en liaison. On sait par les plus proches familiers du duc qu’il est descendu au tombeau sans avoir touché une femme, et le catholicisme fervent, pour ne pas dire la bigoterie de ma belle-mère, interdisait toute infidélité de sa part à son époux, quelque terne qu’il ait pu être comparativement à l’Aiglon. Mais ayant perdu son ami de coeur en même temps qu’elle mettait au monde Maximilien, il semble qu’elle ait transposé sur celui-ci une partie de l’amour qu’elle vouait au duc. Quel dommage que ce pauvre Max ait succombé aux mirages de l’ambition que son épouse et sa belle-famille de Belgique lui ont fait miroiter. Décidément, ces Cobourg n’ont guère porté chance à notre famille!

Amicalement,

Élisabeth