Votre amour pour l'empereur
       

       
         
         

Marie-Catherine

      Bonjour Votre Altesse Royale, la Sérénissime Impératrice d'Autriche,

Je voulais savoir si vous avez aimé profondément l'empereur? À cause de quoi votre relation s'est-elle dégradée?

Merci de votre réponse.

Toute mon admiration est seulement pour vous,

Marie-Catherine
         
         

Impératrice Sissi

      Chère âme,

Comme il est difficile pour les jeunes âmes romantiques de renoncer à l'idée de l'amour éternel! L'amour n'est qu'illusion; aussi léger qu'un duvet d'oiseau, qu'une bulle de savon, il est condamné à s'envoler et à éclater avec le temps…

Oui, j'aimais beaucoup Franz à l'époque de nos fiançailles. Je l'aimais comme on aime à quinze ans, un âge si tendre où le coeur est prompt à s'enflammer lorsqu'une main prend la nôtre et qu'un regard bleu semble vous fouiller jusqu'au fond de l'âme. Je l'aimais comme on aime dans les contes de fées, sauf que cette fois-ci, la bergère aurait bien aimé que le prince devienne berger avec elle, plutôt que ce soit lui qui l'élève à son rang. «Si seulement il était un simple tailleur!» Si Franz avait été un simple tailleur, sans doute l'aimerais-je toujours autant qu'à cette époque. La froideur de la Cour tue tout ce qu'elle touche, le protocole empêche le moindre élan spontané. Chacune de mes tentatives pour vivre un amour vrai se brisait sur le mur des convenances à respecter et du rang à tenir. Mon époux y était préparé depuis sa tendre enfance, et était prêt à vivre notre amour dans un climat organisé, avec des minutes de tendresses prévues à l'horaire; son amour pour moi a survécu aux aléas de la vie de Cour car il l'a vécu comme il l'avait prévu.

Pour moi, ce fut tout le contraire. Je voulais vivre mon amour au grand jour, je voulais être avec lui le plus souvent et le plus longtemps possible, mais je me faisais dire par ma belle-mère qu'il ne convenait pas à une Impératrice de courir derrière son époux comme une simple bourgeoise. Lorsqu'elle a décidé d'élever elle-même mes enfants, Franz a détruit une bonne partie de mon amour pour lui en prenant le parti de sa mère. Il m'adorait, mais me jugeait puérile et irresponsable, et ne comprenait pas à quel point cette mesure, destinée à «m'aider» selon lui, me blessait autant. Après la guerre d'Italie, l'atmosphère familiale est devenue intenable, mes frictions avec ma belle-mère au sujet des enfants étaient quotidiennes, et la rumeur a commencé à se répandre que Franz cherchait calme et réconfort ailleurs… Cela a suffit à tout démolir: mon amour, ma santé, mon bonheur. Lorsque les médecins ont recommandé une cure dans un endroit de soleil, c'est moi qui ai choisi Madère, afin de mettre le plus de distance possible entre mon époux et moi pour au moins six mois. À mon retour, les heurts ont recommencé et je suis tombée malade à nouveau. Cette fois, Franz a compris et a commencé à m'accorder davantage de temps avec mes enfants, dont j'ai graduellement repris la responsabilité. Craignant que je ne parte encore, Franz est devenu très prudent avec moi, et ne m'a plus jamais rien refusé. J'avais fini de pleurer à cause de lui désormais. La vie ne m'a pas gâtée par la suite et j'ai eu bien d'autres motifs de larmes, mais Franz a perdu le pouvoir de me faire souffrir, ce qui est malheureusement la preuve que l'amour, l'amour passion comme celui qu'il éprouvait pour moi, est bien mort. Restent la tendresse et le respect, qui sont autrement plus solides et durables.

Sincèrement,

Elisabeth