Anaïs
écrit à

   


L'Impératrice Sissi

     
   

Vos sœurs et vos filles

    Chère Élisabeth,

J'aurais voulu connaître les noms et dates de naissance de vos sœurs et savoir si elles se sont mariées?

Il paraît que l'une d'entre elles était fiancée à votre époux.

J'aurais aimé en savoir un peu plus sur votre fille Sophie: quelles relations aviez-vous avec elle? On dit que l'Impératrice Sophie vous a reproché sa mort.

Cette belle-mère a-t-elle créé des tensions entre vous et Gisèle?

Avec toute mon amitié,

Anaïs
 

Chère Anaïs,

Ma chère sœur Hélène, née le 4 avril 1834, n'a jamais été officiellement fiancée à Franz. C'était un projet organisé par ma mère et l'archiduchesse Sophie, et qui devait trouver sa réalisation lors de la rencontre d'Ischl en août 1853. En se rendant à Ischl, Franz savait très bien qu'il devait y rencontrer la jeune fille que sa mère lui destinait, il était intéressé, mais rien n'était officiellement arrêté. Et tous les plans de l'archiduchesse ont été renversés dès que Franz a posé les yeux sur moi. Pour Hélène, ce fut un dur coup pour son amour-propre, mais son cœur n'était pas en jeu; ce n'était qu'un mariage arrangé auquel elle se serait pliée de bonne grâce, mais elle n'en a éprouvé nul chagrin durable. Et lorsqu'elle a épousé par amour le prince Maximilien de Tours & Taxis en août 1858, elle a bien vu finalement que c'est elle qui avait la meilleure part.

Ma sœur Marie est née le 4 octobre 1841. On lui a fait épouser – un autre mariage arrangé! – l'héritier de la couronne de Naples et des Deux-Siciles le 3 février 1859, et elle est devenue reine quelques mois plus tard. Reine éphémère, car elle et son époux, le faible roi François, furent chassés du trône par les Mille de Garibaldi après à peine un an de règne. Elle s'est fait connaître à cette époque comme «l'héroïne de Gaète», en raison de la résistance farouche qu'elle a opposée à Garibaldi, retranchée avec son pauvre petit roi et quelques soldats fidèles dans la forteresse de Gaète. La bravoure n'a pas suffi, ils ont dû abdiquer et prendre le chemin de l'exil. Leur mariage a d'abord été très chancelant, mais finalement, ils ont fini par s'entendre. Son époux l'a toujours admirée et adorée. Ma dame d'honneur Marie Festetics dit parfois «son roi est devant elle comme devant moi le porteur de la gare», c'est tout dire.

Ma sœur Mathilde, née le 30 septembre 1843, a épousé le frère du roi François, le comte Louis de Trani le 5 juin 1861. Ce ne fut pas un mariage heureux, le comte prenait son mariage à la légère et ne sut pas être pour Mathilde un compagnon sur lequel elle pouvait compter. Il est décédé dans des circonstances tragiques à Zurich, en 1886.

Quant à ma plus jeune sœur Sophie, née le 22 février 1847, elle a également fait un mariage d'amour avec le duc Ferdinand d'Alençon, le 28 septembre 1868. Ce mariage heureux l'a consolée de ses fiançailles manquées avec le roi Louis II de Bavière. En effet, mon cousin Louis s'était mis en tête de l'épouser parce qu'elle me ressemblait! Après des mois d'une cour bizarre, où il la laissait seule la plupart du temps, lui écrivait des lettres où il la surnommait «Elsa» et ne se manifestait que par des bouquets laissés durant la nuit, il a fini par rompre les fiançailles, incapable d'envisager l'union avec une femme… Heureusement pour Sophie! Son époux l'a adorée jusqu'au dernier jour de sa vie, et sa mort atroce l'an dernier (1897) lors de l'incendie du Bazar de la Charité à Paris l'a laissé complètement abattu.

Pour ce qui est de ma petite Sophie, je n'ai malheureusement pas eu le temps d'établir des relations avec elle, puisqu'elle est morte à l'âge de deux ans. Ma pauvre petite poupée, si frêle, si pâle, que l'on a dû ramener de Hongrie dans une boîte… Je ne m'en suis jamais vraiment remise. L'archiduchesse ne m'a pas reproché verbalement sa mort, mais son regard et son silence, lors de notre retour à Vienne, étaient des plus éloquents. Elle m'en voulait de lui avoir repris mes filles, qu'elle m'avait littéralement confisquées à la naissance, et elle m'avait violemment reproché de vouloir les emmener en Hongrie, lorsque j'ai manifesté cette intention avant notre départ. À ma décharge, je plaiderai simplement que je désirais reprendre le temps perdu, j'avais déjà été séparée d'elles si longtemps! Je savais que ma petite Sophie était fragile, mais je croyais que près de moi, elle se rétablirait rapidement. Je me suis cruellement trompée. Je ne pouvais pas imaginer qu'une fois arrivées à Ofen, mes deux filles tomberaient malades (Gisèle s'est rétablie rapidement) et que je verrais ma pauvre petite mourir dans mes bras. Lorsque nous sommes rentrés à Vienne, j'étais persuadée – comme toute la Cour – que j'étais responsable et j'ai alors laissé ma belle-mère s'occuper de Gisèle. Inévitablement, sans qu'il s'agisse à proprement parler de tensions, cela m'a éloignée de ma fille avec qui je n'ai jamais eu par la suite que des rapports distants. Ce n'est qu'à la naissance de Marie Valérie, en 1868, que j'ai récupéré suffisamment de confiance en mes capacités de mère pour garder ma petite fille près de moi et finalement connaître le bonheur d'avoir un enfant.

Amicalement,

Élisabeth