Laura
écrit à




L'Impératrice Sissi






Vos soeurs et vos frères



Votre Majesté,

Quelle est votre sœur préférée et quel est votre frère préféré? Je parie que ce sont Gackel et Sophie.

Merci de me répondre.

Laura


Chère Laura,
 
Gackel est effectivement mon frère préféré. N'étant pas beaucoup plus jeune que moi, c'est avec lui que j'ai passé le plus de temps, enfant, et nous avions beaucoup d'amis communs, dont Louis, alors prince héritier de Bavière. Mais j'ai longtemps eu également beaucoup d'affinités avec mon frère Ludwig, qui a défié les conventions en épousant une simple actrice, Henriette Mendel, que le roi Maximilien a faite baronne Wallersee afin de rendre la «mésalliance» moins flagrante. Ce n'en était pas moins un mariage morganatique, ce qui fait qu'Henriette n'a jamais eu ses entrées à la cour. Je me suis donc longtemps fait un malin plaisir de louer la demeure de mon frère à Garatschaussen pendant plusieurs mois, l'été, et de l'y recevoir à dîner à maintes reprises avec son épouse. Les mines courroucées de ma suite, vous ne sauriez imaginer! Je laissais mes dames d'honneur envahir la grande salle à manger, pour dîner dans un boudoir en toute tranquillité avec mon frère et son épouse. Je n'allais tout de même pas faire l'affront d'inviter de si grands noms à la même table que ma belle-sœur! Malheureusement, le rôle joué par leur fille Marie dans l'affaire Vetsera m'a brouillée avec mon frère. Quant à Gackel, il est persuadé que Louis II de Bavière était bel et bien fou alors que je crois fermement le contraire: il y a donc un léger froid entre nous deux également, mais nous nous voyons tout de même lorsque je passe en Bavière. J'ai tellement d'admiration pour son intelligence et son dévouement pour ses malades! Quand je pense aux préjugés qu'il a dû affronter de la part de l'aristocratie pour pouvoir étudier la médecine, afin de soigner les démunis! Un grand homme, mon frère Charles-Théodore.
 
J'aimais beaucoup Sophie, et sa mort cruelle m'a bouleversée, mais c'est surtout Marie que j'ai beaucoup fréquentée pendant plusieurs années. C'est elle qui m'a fait connaître le monde équestre d'Angleterre et d'Irlande, j'ai été marraine de sa petite fille que j'ai vue naître à Rome, j'ai partagé et compris son chagrin lors de la mort prématurée de cette petite fille, moi qui avais vécu la même chose plusieurs années auparavant à la mort de ma petite Sophie. Encore une fois, une vilaine brouille est venue gâcher tout cela.  Un peu jalouse de mon amitié avec le capitaine Bay Middleton, mon «pilote» lors des chasses à courre, elle a colporté des cancans immondes à ce sujet à mon fils Rodolphe, qui a insulté publiquement le capitaine. Je n'ai jamais pardonné à ma sœur d'avoir voulu me noircir dans l'esprit de mon fils. Si je la rencontre encore parfois à Zurich, c'est bien parce que nous ne sommes plus que trois (Marie, Mathilde et moi), et que je désire préserver le noyau familial, les souvenirs d'enfance. Hélène, qui m'a véritablement sauvé la vie lorsque j'étais si malade et déprimée à Madère, dans les premières années de mon mariage, a été une «petite mère» pour moi. Ce n'est qu'à sa mort, il y a quelques années, que j'ai compris à quel point je l'aimais.

Amicalement,
 
Elisabeth.