Vos filles
       

       
         
         

Kim et Michèle

      Bonjour Sa majesté l'Impératrice Sissi,

Nous espérons que vous allez bien. Nous aimerions savoir si c'est vous qui avez choisi les prénoms de vos enfants? Sinon, comment les auriez-vous appelés? Quels étaient les noms complets de vos enfants? Nous aimerions savoir aussi si Gisèle a fait partie du voyage avec votre fille Sophie à Venise en 1856 et si vos filles avaient les cheveux aussi longs que vous? Est-ce que Sophie, votre fille, s'entend bien avec Gisèle, même si à l'époque, Sophie n'avait qu'à peine 2 ans? Est-ce que votre fils 
Rodolphe partageait votre amour pour la Hongrie et votre amour pour la composition de poésies? Vous entendiez-vous bien avec votre fils Rodolphe?

Merci beaucoup.

Kim et Michèle Kypma-Ampyk

         
         

Impératrice Sissi

      Chères jeunes amies,

Sophie et Gisèle n’ont guère eu le temps d’avoir des relations, bonnes ou mauvaises. Gisèle n’était elle-même qu’un bébé à la mort de Sophie, sachant à peine marcher… Tout ce que Sophie a eu le temps de connaître, c’est un bébé qui accaparait l’attention qu’elle-même perdait, et elles n’ont pas eu le temps de s’attacher. En 1856, je n’ai amené que Sophie à Venise, pensant que le soleil d’Italie lui ferait du bien. Sophie n’a jamais été très bien portante, sa santé nous a inquiété tout au long de sa courte vie mais curieusement, c’est la santé de Gisèle qui nous a d’abord causé du souci, lors de notre voyage à Ofen en 1857. C’est donc affolés, mais également très surpris, que nous avons interrompu notre tournée à l’intérieur des terres hongroises, lorsqu’un télégramme du Dr Seeburger nous rappela suite à l’état alarmant de Sophie.

Mes filles Gisèle et Valérie ont effectivement les cheveux très longs elles aussi. Il faut dire qu’à l’époque où je vis, il est d’usage que les femmes conservent leurs cheveux toute leur vie. Ce n’est que lors de maladies (pour soulager la migraine, par exemple) qu’on les coupe, ou bien aux filles de mauvaise vie. La longueur dépend évidemment de la santé et la vitalité de la chevelure. En ce sens, la longueur et l’épaisseur de ma chevelure sont vraiment exceptionnelles. La plupart des femmes voient généralement leurs cheveux descendre jusqu’au bas du dos, et non jusqu’aux chevilles comme ce fut le cas pour moi jusqu’aux environs de la cinquantaine.

J’ai toujours eu de bonnes relations avec Rodolphe. Peut-être pas aussi proches qu’elles auraient pu l’être, et je le regretterai toujours, mais les rapports des héritiers du trône sont plutôt relâchés dans toutes les familles royales. Ainsi en est-il des relations de la reine Victoria avec le prince de Galles, ou bien des relations qu’avait Guillaume II avec son père Frédéric ou sa mère, la fille de Victoria, qu’il n’appelle pas autrement que «cette Anglaise». Comparativement, mes relations avec Rodolphe étaient très chaleureuses! Suite à son mariage toutefois, nos contacts déjà rares se sont distancés encore plus. Si vous saviez comme je le regrette aujourd’hui! 

Rodolphe appréciait peu la poésie, mais il s’intéressait tout de même à l’œuvre de Heine, tout comme moi. Je crois que c’est la personne même de Heine, de même que le critique politique acerbe que Rodolphe appréciait, bien davantage que le poète. Le dernier cadeau de Noël qu’il m’a fait, d’ailleurs, consiste en onze feuillets autographes de Heine, qui m’avaient fait bien plaisir. Je crains toutefois de ne pas le lui avoir montré de façon assez démonstrative, absorbée que j’étais par les futures fiançailles de Valérie. Rodolphe aimait aussi la Hongrie et les Hongrois, et il vouait une admiration sans bornes au comte Andràssy, dont il avait fait son maître à penser en matière politique. Mais il avait également beaucoup d’affinités avec la Bohême, suite aux années qu’il avait passées cantonné à Prague, dans son régiment. Je ne partageais pas cet engouement pour les Tchèques, ce qui était un sujet de désaccord que nous évitions d’aborder. Comme tous les grands sensibles, nous évitions toute discussion qui aurait pu nous faire du mal, et c’est probablement pour cela qu’il ne m’a jamais fait part des soucis qui le minaient. Si seulement j’avais su…

Amicalement
Elisabeth


 



 

Kim et Michèle


 
Bonjour Sa Majesté l'Impératrice Sissi,

Nous sommes désolées de vous importuner à nouveau, mais nous aimerions savoir si vous avez choisi les prénoms de vos enfants. Sinon, comment les auriez-vous appelés?

Dans l'attente de votre réponse,

Kim et Michèle Kypma-Ampyk
         
         

Impératrice Sissi

      Chères jeunes amies,

Je n'ai pas choisi le prénom de mon premier enfant, ma petite Sophie. Dès les premières minutes de sa courte vie, ma belle-mère a informé mon époux qu'elle désirait que l'enfant porte son nom. Tout à son émotion de nouveau père, il a accepté immédiatement, lui demandant par la même occasion d'en être la marraine. Je n'ai donc pas eu un mot à dire, ni même le temps de penser à ce que j'aurais préféré. Mais comme ce prénom m'a paru difficile à donner à ma jolie petite fille! Un prénom tant aimé et si détesté à la fois...

Pour mes autres enfants, ce fut facile. Gisèle fut nommée ainsi en l'honneur de l'épouse du premier roi chrétien de Hongrie, ce pays auquel je m'intéressais déjà grâce à mon professeur Jean Majláth. Rodolphe fut nommé en l'honneur du fondateur de la dynastie des Habsbourgs, et ce prénom avait été choisi - avec mon entière approbation - dès ma première grossesse. J'ai choisi le prénom de Marie-Valérie simplement parce qu'il était joli, et très différent de tous les prénoms portés dans la famille où pullulent les Sophie, Elisabeth, Anna ou Louise... Ces Habsbourgs ont décidément bien peu d'imagination, dans le choix des prénoms comme en bien d'autres choses...

Amicalement,
Elisabeth
         
         

Kim et Michèle

      Chère Impératrice Sissi,

Nous aimerions savoir pourquoi François-Joseph désirait marier Gisèle jeune. De plus nous aimerions savoir s'il portait autant d'affection à Marie-Valérie que vous et si elle était son enfant préférée.

Dans l'attente de votre réponse,
Kim et Michèle Kypma-Ampyk
         
         

Impératrice Sissi

      Chères jeunes amies,

En effet, je me suis étonnée moi aussi lorsque les fiançailles de Gisèle furent annoncées. Pensez donc, elle n’avait que quinze ans! J’ai imposé une année d’attente aux fiancés histoire de permettre à Gisèle de sortir de l’enfance et de se préparer à la séparation d’avec les siens. Comme elle n’épousait pas un souverain régnant, elle n’a pas été assiégée de professeurs durant cette année, et elle a pu se préparer calmement à ce qui l’attendait. Elle y est d’ailleurs parvenue beaucoup mieux que moi ayant été, bien plus que moi, préparée à un tel destin.

Pourquoi tant de hâte, en effet? Eh bien, pour reprendre les termes mêmes de mon époux, il y avait alors si peu de princes catholiques disponibles – on n’ose dire «sur le marché» - qu’il convenait de s’assurer au plus tôt le seul à qui on pût confier Gisèle en toute sécurité. Du reste, ce mariage est très heureux; Léopold et Gisèle se sont très rapidement attachés l’un à l’autre et ma fille a quitté Vienne «toute guillerette», selon le mot de Franz.

Gisèle est certainement la préférée de son père, à qui elle ressemble d’ailleurs énormément. Il aime beaucoup Valérie également, qui partage plusieurs traits communs avec lui et avec qui il a pu, d’avantage qu’avec nos autres enfants, prendre le temps de «jouer au papa». Mais, je dois le confesser, j’ai voué à Valérie un amour si exclusif, si obsessif, que Franz n’a jamais vraiment osé s’imposer dans notre intimité. Avec les années, au fur et à mesure que Valérie vieillissait et devenait mon amie et ma confidente, la distance entre elle et son père est allée en s’accentuant et j’en suis probablement la première responsable. Je sais qu’ils s’aiment tous deux profondément, mais d’un amour qui se nourrit de peu de démonstrations. Mon époux déverse désormais toute sa capacité d’amour paternel sur notre petite-fille Erzi.

Amicalement,
Élisabeth