Vos enfants
       

       
         
         

Diane

      Chère Sissi, 

J'étudie votre vie au collège. Je suis en classe de cinquième. Au début de l'année, notre directrice nous a donné pour sujet la classe de Vienne. J'aurais souhaité savoir le nom de vos quatre enfants, et combien avez-vous pu en élever comme vous le vouliez? On m'a expliqué que votre belle-mère vous a tenue responsable du décès de votre fille âgée de deux ans et qu'elle n'a pas voulu que vous éleviez votre fils Rodolph. On ne parle jamais de vos deux autres enfants et pourtant on précise bien que vous en avez eu quatre.

J'espère que cette question n'entre pas trop dans votre vie privée, sinon je m'en excuse. Je vous transmets mes respects, votre altesse.

Diane
         
         

Impératrice Sissi

      Chère Diane,

Je m'excuse infiniment pour mon retard à vous répondre. Habituellement, je m'efforce de répondre rapidement à ceux qui me disent préparer un travail scolaire à mon sujet, puisque je sais que vous avez des dates de remise bien fixes pour vos travaux...

En effet, j'ai eu quatre enfants: Sophie, née le 5 mars 1855 et morte le 29 mai 1857, Gisèle née le 15 juillet 1856, Rodolphe né le 21 août 1858 et ma dernière fille, la seule que j'ai pu garder près de moi et élever moi-même, Marie-Valérie, née le 22 avril 1868.

Ce n'est pas uniquement à cause de la mort de Sophie que ma belle-mère a élevé mes enfants. En fait, elle s'était emparée de ma fille Sophie dès sa naissance, et ensuite de Gisèle, alors que ma petite Sophie était encore bien vivante. Mon époux était d'accord; il m'adorait, mais me trouvait lui-même un peu instable et enfantine... ce qui lui plaisait au fond, mais ne lui donnait guère confiance en mes capacités d'éducatrice. Suite à la mort de ma fille, ma belle-mère s'est chargée de mon fils sans que je ne lutte vraiment; persuadée moi-même de ma tragique incapacité, rongée de remords, je l'ai laissée prendre l'héritier du trône sous son aile, le regardant grandir de loin. Mais j'ai ensuite refusé d'avoir un autre enfant. Pourquoi porter des enfants qu'on m'enlèverait aussitôt? Ce n'est que lorsque Rodolphe a eu six ans, quand j'ai vu à quel point son précepteur Gondrecourt le maltraitait sous prétexte de «l'endurcir», que j'ai trouvé en moi suffisamment de force et d'assurance pour affronter François-Joseph sur le terrain réservé à ma belle-mère. Désormais, c'est moi qui choisirais l'entourage de mon fils, ses professeurs, et même mon propre entourage qui m'était imposé depuis notre mariage. Pour Gisèle, le mal était déjà fait. Élevée par sa grand-mère depuis sa naissance, je la considérais comme «adoptée» par l'archiduchesse et nous avons toujours eu des rapports assez distants.

Amicalement,
Elisabeth