Visionnaire?
       

       
         
         

TLefuret

      Bonjour, c'est encore moi.

«Chère âme du futur» est une belle expression que l'Impératrice a trouvée pour transmettre ses pensées les plus intimes à la postérité, n'est-ce pas?

Elle a «prédit» beaucoup de choses.

Sans doute était-elle visionnaire ou simplement lucide... non?

Qu'en pensez-vous chère Élisabeth?
         
         

Impératrice Sissi

      Chère âme du futur,

Lorsque j'ai fait mon testament, j'ai décidé de confier mes poèmes à la Confédération Helvétique afin qu'ils soient publiés cinquante ans après ma mort. J'ai écrit dans la lettre accompagnant ces poèmes que le produit de leur publication devra être remis aux prisonniers politiques, car il n'y aura pas plus de justice en ce monde dans cinquante ans qu'il n'y en a aujourd'hui. Pourquoi à la Confédération Helvétique? Tout simplement parce que les empires et royaumes d'aujourd'hui me semblent maintenant un pur et simple anachronisme de l'Histoire. Une république comme la Suisse -que j'admire entre toutes- me semble davantage vouée à survivre et mes écrits m'y semblent plus en sécurité.

J'ai souvent l'impression que seuls l'affection et le respect que nos sujets vouent à mon époux tiennent son empire debout. Dès qu'il partira, tout s'effondrera. D'ailleurs, mon fils Rodolphe le croyait lui aussi et l'a écrit dans sa lettre d'adieu à ma fille Marie-Valérie, lui conseillant de quitter l'Autriche dès que leur père aura fermé les yeux. Je crois qu'il s'agit de simple lucidité. Vous qui m'écrivez du futur, vous savez probablement si mon fils et moi avons eu tort ou raison. Sincèrement, pour ma paix d'esprit, je préfère n'en rien savoir tant je crains pour l'avenir de mes enfants et de mes petits-enfants. Peut-être que l'effondrement des empires leur donnera, à tout le moins, l'occasion de vivre dans un monde plus authentique et moins artificiel que celui dans lequel je dois évoluer depuis plus de quarante ans. C'est toute la grâce que je leur souhaite, dans la débâcle qui s'annonce.

Sincèrement,

Élisabeth