Lesli
écrit à




L'Impératrice Sissi






Vienne



Majesté,

Je viens vous annoncer que je pars en vacances à Vienne. Oui, je sais que c'est une ville que vous n'apréciez pas mais il parait que là-bas la vie est douce par rapport à la France! Alors pourquoi pas? En plus, depuis 2004, il y a un musée Sissi avec beaucoup d'objets à votre effigie, Majesté. Connaître, voir et ressentir les émotions -vos émotions- dans certains endroits que vous avez connus, par exemple la Hofburg, ce château -sans doute détestable pour vous- ainsi que beaucoup d'autres choses!

Au mois de juillet j'irai à votre rencontre. Sans doute ne serez-vous pas là. Tant pis!

Je me permets de vous embrasser, Majesté. Merci d'être là et d'exister!

Bien à vous,

Lesli

Chère Lesli,

Août vous a sans doute ramenée chez vous tout comme il m'a encore une fois ramenée à Ischl, pour la traditionnelle célébration de l'anniversaire de mon époux. C'est là, à l'ombre du Jainzen, ma montagne magique, que je prends quelques instants pour vous répondre.

Comment avez-vous aimé Vienne? Oui, j'exècre cette ville en raison de tout ce que j'y ai souffert, surtout au début de mon mariage. J'étouffe dès que j'y mets les pieds. Mais je serais de très mauvaise foi d'en nier les beautés. Ma préférence va au Ringstrasse, cette merveille d'ingénierie urbaine construite à l'instigation de mon époux, en remplacement des vieux remparts médiévaux. J'ai aimé ce changement qui faisait entrer Vienne dans l'ère moderne. Mon époux a voulu imiter Napoléon II qui, avec l'aide du baron de Haussman, a réussi à transformer Paris en une pure merveille de beauté et de modernité. Le résultat a été, je crois, à la mesure des ambitions de Franz, et notre «capitale et résidence», comme il se plaît à l'appeler, peut se mesurer sans complexes à la Ville-Lumière.

J'aime aussi le Prater: ce fut longtemps le seul endroit où je pouvais galoper à ma guise, avant que Gödölö, puis l'Angleterre et l'Irlande devinssent mes paradis d'équitation. Lorsque, entre deux voyages, je me vois forcée de résider quelque temps à la Hofburg, c'est souvent le Prater qui m'accueille pour mes longues promenades à pied. Mais c'est encore à la Villa Hermès que je préfère résider, lorsque je reviens en Autriche. Située aux abords de la ville à mon époque, je crois que Lainz fait désormais partie intégrante de Vienne, à votre siècle. Vous me corrigerez si je me trompe, la géographie viennoise du XXIe siècle ne m'est connue que de ce que m'en racontent mes correspondants de votre époque. Si c'est la vérité, cela signifie que Vienne s'est considérablement agrandie depuis mon époque; Franz serait très heureux d'apprendre cela.

Oui, chère Lesli, Vienne est un endroit merveilleux pour le visiteur, et même pour le citoyen «ordinaire», libre de bouquiner, de fréquenter un café ou de visiter les boutiques du Grabenstrasse. Le Burgtheater, le Manège espagnol… mais pour moi, Vienne n'évoque guère que la Kekerburg, le «palais-cachot» de la Hofburg, et la Crypte des Capucins où reposent déjà deux de mes enfants. Il me tarde d'être réunie à eux et de reposer enfin à cette place qui m'est réservée, juste sous la fenêtre, d'où on entend pépier les moineaux.

Amicalement,

Élisabeth