Christine
écrit à




L'Impératrice Sissi






Usage de drogue



Votre Majesté,

Je parcours régulièrement ce site et découvre les questions posées par vos admirateurs, tantôt naïves, tantôt passionnées ou libertines, tantôt redondantes!

Je devais avoir à peu près dix ans lorsque j'ai découvert votre image à travers les célèbres films «Sissi». Petit à petit, votre vie m'est parue passionnante jusqu'au moment où, maturité et sagesse venant, je compris que votre destin exceptionnel ne vous avait pas rendue heureuse, loin de là. Je continue pourtant toujours, avec autant de curiosité, à lire des articles ou livres vous concernant. Et c'est ainsi qu'un aspect bien peu connu du public me taraude: étiez-vous cocaïnomane? Même si cela était plus courant et moins décrié à votre époque que de nos jours, je pensais qu'une mouette éprise de liberté pouvait se passer de désinhibiteur tel que la drogue! Connaître la vérité ne me posera pas de problème quant à l'aspect intact de mon admiration, vous n'en serez que plus humaine et fragile! En attendant votre réponse, je vous remercie de votre franchise par-delà les tabous, et vous réitère ma sincère admiration,

Christine


Chère Christine,
 
En 1898, au moment où je vous écris, la cocaïne, de même que la morphine ou l’héroïne ne sont en rien des «désinhibiteurs»! Ce sont de simples médicaments qui me servent parfois –notamment les injections de morphine prescrites par le docteur Metzger, grand spécialiste de la sciatique que je vois de temps à autres à Amsterdam- à calmer des douleurs telles que j’ai même parfois songé à me donner la mort! Lorsqu’il m’arrive de ne plus pouvoir marcher, lorsque l’infatigable promeneuse que je suis se voit parfois clouée dans un fauteuil, perdant toutes ses capacités de fuir, la mort seule est vue comme une solution, à moins qu’un médicament joint à de bons massages ne puisse enfin m’apporter un soulagement et me rendre l’usage de mes jambes. Je n’ai donc aucune honte à admettre mon utilisation de ces médicaments, prescrits par l’un des plus grands spécialistes d’Europe.
 
Je reconnais toutefois que, ainsi que cela puisse advenir avec n’importe quel médicament, même le plus anodin, certaines personnes pourraient parfois en abuser au point que l’on puisse alors certainement parler de «drogue». Ainsi, mon pauvre fils Rodolphe -je l’ai su bien après sa mort- était pris dans cet engrenage infernal, où la morphine n’était plus seulement un remède à ses migraines, mais lui était devenue nécessaire pour passer à travers ses journées. Il y a tellement de choses que j’ai ignorées de mon fils, chère Christine, tellement de choses que l’on n’a pas osé me dire, sous prétexte de me «protéger»! Si seulement j’avais su, moi qui ai sauvé la vie de mon fils lorsqu’il avait six ans! Peut-être aurais-je réussi à le sauver à nouveau? J’en demeure persuadée, et je ne me pardonnerai jamais de m’être si aisément laissée rassurer sur son état, lors de notre dernier Noël ensemble. Sa pâleur, ses larmes lorsqu’il s’est jeté à mon cou ce soir-là, cette fatigue extrême qu’il m’a tout de même avouée auraient dû m’alerter bien autrement. Mais il n’a pas voulu m’inquiéter, me disant qu’il était simplement «fatigué et à bout de nerfs» et je n’ai pas insisté de peur de l’importuner. Une culpabilité qui me poursuit maintenant, et pour le reste de ma vie.
 
Sincèrement,
 
Élisabeth