Un peu de sympathie
       

       
         
         

June

      Bonjour chère Sissi si éprise de liberté, quelle femme avez-vous été, si forte et si faible à la fois. Par chance vous avez eu la grandeur de vous battre pour vos convictions, ne vous sous-estimez pas. Vous êtes une grande dame, votre vie ne pouvait pas être simple. Par vos voyages vous avez conquis le coeur de bien des gens, peut-être pas si honorables que l'aurait voulu votre belle-mère ou encore votre mari, mais du moins ce que vous avez réussi vous ne le devez qu'à vous.

Soyez fière d'être la femme que vous êtes car moi je le suis pour vous. Vous auriez été plus de votre temps à notre époque. Merci d'avoir eu le courage de vivre pour vos convictions. Ne soyez pas trop sévère avec vous. Les autres l'ont été suffisamment.

June
         
         

Impératrice Sissi


 
Ma chère âme,

Merci pour vos bons mots, ils me font chaud au cœur. Oui, les autres ont été sévères avec moi, et j’ai l’impression d’être beaucoup mieux comprise par les âmes de votre époque que par mes contemporains. Je m’en doutais un peu, remarquez bien, et c’est pour cela que j’ai dédié mes poèmes aux «âmes du futur».

Voyez-vous, tout ce que j’ai voulu faire de ma vie, c’est la vivre de la façon la plus authentique possible. La vie de cour est la vie la plus artificielle qui se puisse imaginer, le cœur s’y dessèche rapidement et annihile toute conscience de la réalité. Le monde de la cour se substitue graduellement au «vrai monde», tout y est factice, le paraître compte davantage que l’être. Je n’ai jamais pu m’y faire, la mouette s’y est brûlé les ailes. La camarilla de l’archiduchesse Sophie a fait de la Hofburg un endroit rigide, où pourtant régnaient le rire et la bonne humeur au temps de son propre beau-père, l’empereur François 1er. L’amour que Franz et moi éprouvions l’un pour l’autre aux débuts de notre mariage aurait pu en faire un endroit merveilleux, si le protocole n’avait pas tenu lieu de sentiments à ma belle-mère et aux courtisans… Heureusement, même si ma belle-mère désapprouvait ma conduite et mes fréquentations, mon époux m’a toujours permis de suivre mes penchants, même s’il ne les partageait pas, et je lui en suis infiniment reconnaissante. Étant née «duchesse en Bavière», j’étais « condamnée » en quelque sorte à faire un mariage princier ou, à tout le moins, un mariage arrangé. Je n’étais pas faite pour être impératrice, mais j’ai tout de même eu la chance d’épouser un homme qui m’a choisie par amour et qui, de ce fait, m’a toujours témoigné énormément de tendresse et de respect.

Sincèrement,

Élisabeth