Une histoire bien touchante
       

       
         
         

Leia

      Comment allez-vous? Moi bien, malgré un rhume qui me fatigue beaucoup. Je tiens d'abord à vous dire que j'ai trouvé votre histoire bien touchante. J'ai aussi lu des livres sur vous et j'ai ressenti votre tristesse à la cour. Surtout la phrase qui disait: Oh oui je l'aime si seulement il n'était pas l'empereur. Je vous aurais souhaité une maison en Bavière loin de tous et être dans la forêt. Votre vie à la cour était triste. Moi ce fut l'adolescence et mon enfance. Je me suis longtemps sentie rejetée incomprise non désirée à la naissance. J'ai même frôlé l'anorexie. C'est pour ça que je me reconnais dans vos poèmes je me sens proche de vous mais je ne sais pas pourquoi ni comment. J'espère avoir une réponse de vous très bientôt ma chère amie. Si je peux vous appeler mon amie. Prenez soin de vous et de vos enfants. Ils sont tellement charmants.
         
         

Impératrice Sissi

      Ma chère âme,

Votre lettre est courte, mais il m’a suffit de quelques lignes pour saisir toute la détresse qui est la vôtre. Depuis des années, tellement occupée à fuir mes propres douleurs, on pourrait croire que je suis devenue insensible à la douleur des autres, mais ce n’est pas le cas. La vie de cour n’a pas encore réussi à assécher mon cœur, bien qu’on ait tenté d’en contrôler jusqu’au moindre battement.

Ma chère âme, que vous dire pour vous aider, pour vous encourager? Vous dites que vous avez eu une enfance et une adolescence tristes. Si une vieille dame de soixante ans sait bien lire entre les lignes, je dirais d’instinct que votre adolescence n’est pas encore tout à fait derrière vous… C’est effectivement une période difficile à traverser, même pour celles qui ont eu une enfance choyée, comme ce fut le cas pour moi ou pour ma chère Valérie. Je n’ai malheureusement pas eu l’occasion d’aider mes autres enfants à traverser cette période, on m’a éloignée d’eux trop tôt. Ma fille et moi avons traversé l’adolescence sensiblement de la même façon, en écrivant notre journal. Moi sous forme de poésies, Valérie sous une forme plus conventionnelle. Valérie a également eu la chance d’avoir une sainte religieuse pour confidente. Se confier à une personne plus âgée que soi – sans qu’il s’agisse nécessairement d’une religieuse - peut souvent apporter un grand réconfort.

Ma chère enfant, vous me dites vous être sentie rejetée, incomprise et non désirée à la naissance. Je vais tenter de faire un parallèle avec ma propre vie: j’étais désirée à la naissance, mais je me suis sentie rejetée et incomprise dans le milieu de la cour dans lequel j’ai été projetée à seize ans. Tout le monde se connaissait à la cour, j’arrivais comme une intruse à laquelle aucune «clique» ne voulait faire de place. Malgré mon titre d’impératrice, je n’étais «que» duchesse en Bavière et non duchesse de Bavière à la naissance, et plusieurs courtisans s’estimaient bien supérieurs à moi par leurs quartiers de noblesse. Aussi ai-je décidé de vivre ma propre vie, de n’avoir rien à devoir à un milieu aussi stérile, où seul le «paraître» avait de l’importance. C’est vous-même, et vous seule qui bâtirez la personne que vous deviendrez, personne ne peut vous forcer à entrer dans un moule au nom des règles, de l’étiquette ou des traditions. Bien sûr, la limite de votre liberté se trouve là où commence celle de l’autre… j’ai réussi à montrer à la cour où commençait ma propre liberté. Je l’ai acquise de haute lutte, et personne n’a pu me l’enlever. Cela ne m’a pas apporté le bonheur, car je ne pouvais pas totalement m’affranchir de ce milieu sec et froid sans quitter époux et enfants. Toutefois, je reste persuadée que seules les obligations rattachées à ce titre d’impératrice que je n’ai jamais désiré m’ont empêchée de trouver la paix. Vous avez la chance de vivre dans un milieu sans doute moins artificiel que celui dans lequel je dois évoluer depuis quarante ans. Puissiez-vous y trouver le bonheur et la joie.

Mes plus amicales pensées vous accompagnent,

Élisabeth