Mélany
écrit à




L'Impératrice Sissi






Une fan



Bonjour votre Altesse,

Je m'appelle Mélany et je suis votre plus grande fan. J'ai dix ans et je connais déjà tout de votre vie. J'ai plusieurs livres sur votre vie, j'ai vu des dizaines de fois les trois films de votre vie et des dessins animés, que je connais par cœur.

Mes passions sont l'équitation (comme vous), la musique (je joue de la harpe) et écrire des histoires avec des fées. Quand je serai grande, j'aimerais vous ressembler parce que vous êtes très belle et parce que vous êtes une princesse. Vos robes étaient très très belles aussi.

Quels étaient les plus beaux moments de votre vie?

Je vous embrasse très fort,

Mélany


Chère Mélany,

Si comme vous le dites vous avez lu bien des livres sur moi, vous devez pourtant savoir que mon destin n’est guère enviable… Que vous souhaitiez me ressembler «parce que je suis une princesse» me plonge donc dans un abîme de perplexité. À moins que ce ne soit tout le côté brillant, les robes, les coiffures, les châteaux, qui vous font rêver. Je ne vous en veux pas, c’est de votre âge. Mais en grandissant, vous comprendrez probablement que tout cela ne vaut pas la perte de sa liberté, se faire enlever ses enfants, être un objet de représentation que tout le monde veut voir, toucher, approcher, même lorsque vous croulez de fatigue…

Être une princesse n’apporte pas le bonheur, loin s’en faut. Mais cela ne m’a pas empêchée, ainsi que vous semblez vous en douter, d’avoir de grands moments de joie. Bien que mes enfants m’aient été enlevés pour être élevés par ma belle-mère, la naissance de chacun d’entre eux a été un grand moment de bonheur. Je me souviens particulièrement de la naissance de ma première petite fille, ma petite Sophie partie trop vite. Je me souviens avoir dit, en la voyant, que tout ce que je venais de souffrir n’avait plus la moindre importance. La naissance de mon fils fut aussi un grand moment; songez donc, je venais enfin de donner l’héritier tant attendu à l’empire millénaire des Habsbourg! Mais la plus belle naissance fut sans contredit celle de ma dernière fille, ma kedvesem, ma Valérie chérie née en avril 1868. J’avais cette fois acquis assez de forces et d’assurance pour empêcher qu’on ne me l’enlevât. J’ai su pour la première fois ce qu’était le véritable bonheur d’avoir un enfant. Un autre moment fort de ma vie fut le couronnement en Hongrie. Après de longs mois passés à lutter en faveur de ce beau pays, j’ai eu enfin la satisfaction de voir mon époux accorder une Constitution à ce noble peuple, et lui donner la place qui lui revient dans l’Empire. Ce beau jour de juin 1867 fut donc pour moi un jour de triomphe, une victoire sur la camarilla de l’archiduchesse Sophie et sur l’aristocratie viennoise, une victoire de l’amour sur la politique et l’autocratie.

Comme le dit souvent mon amie Carmen Sylva, reine de Roumanie, je ne comprendrai jamais tous ces peuples qui nous supportent encore. Mais lorsque c’est l’amour qui lie une nation à son souverain, tous les espoirs sont permis.

Amicalement,

Élisabeth