Marie-Jeanne
écrit à




L'Impératrice Sissi






Une amie sincère?



Très chère impératrice,

Je tiens à dire que je suis très heureuse de pouvoir vous écrire puisque vous êtes une femme que j'admire énormément. Vous devez trouver ridicule que je vous admire alors que je ne vous connais pas du tout. Mais ce que j'aime de votre personnalité c'est votre passion pour les voyages. J'aime aussi voyager, cela permet de s'évader et d'oublier les soucis du quotidien, ne trouvez-vous pas?

Je voulais juste vous poser une question, si vous me le permettez. Avez-vous eu une amie pure et sincère durant votre vie? J'ai beaucoup lu de livres sur vous et l'on ressent que vous étiez une âme qui souffrait continuellement. Je trouve l'idée de vous savoir sans amie horrible et terriblement triste, car je pense que l'amitié peut adoucir les peines. Alors je vous le demande avec respect, même si des années nous séparent: pourrais-je être votre amie?

Je vous laisse et vous embrasse comme une grande amie et j'espère que ma lettre aura su apporter un peu de soleil dans votre âme,

Marie-Jeanne, qui pense à vous

Chère Marie-Jeanne,
 
L'amitié de ceux qui vivent, comme vous, à des kilomètres et des années de distance me semble d'autant plus sincère qu'ils n'ont rien à en espérer. Ici, autour de moi, chaque parole veut sa récompense, chaque sourire veut être payé en retour... Écrivez-moi donc aussi souvent que vous le désirez, chère AMIE, il me fera plaisir de vous lire et de vous répondre.
 
J'ai connu quelques amitiés sincères; mais malheureusement, le temps passant, j'ai vu partir ces amis avant moi. Andràssy, Bay Middleton (même si dans ce dernier cas, il s'agissait davantage d'adoration -de son côté!- que d'amitié)... Ma douce Ida Ferenczy est aussi une compagne agréable, mais le dévouement qu'elle me voue se rapproche davantage de la servitude que de l'amitié. Marie Festetics est toujours ma grande amie, mais de son côté également, à force de me fréquenter dans le cercle de la cour, elle en est venue à perdre le franc-parler que j'appréciais tant, et mesure désormais ses paroles et ses pensées. Peut-être est-ce un peu de ma faute; à force de repousser ses conseils ou de réagir parfois un peu exagérément à ses propos, j'ai perdu l'avantage de cette belle franchise qu'elle m'offrait dans ses premières années près de moi. Mais je sais sa fidélité à toute épreuve, et je ne saurais plus me passer de sa présence raisonnable et parfois maternelle près de moi. Elle me fait penser parfois à une grande sœur sérieuse tentant de raisonner sa petite sœur turbulente et capricieuse!
 
À très bientôt donc, chère Marie-Jeanne,
 
Élisabeth.