Hartenbourg
écrit à




L'Impératrice Sissi






Très déçue...



Bonjour,

Ne connaissant votre vie qu'à travers les films de Romy, j'ai été surprise et déçue... Je pensais que vous aviez été tout de même «heureuse» avec votre bel empereur... Comment s'est passée votre rencontre dans la vraie vie? N'était-ce pas un coup de foudre?

Quant à vos rapports avec votre vilaine belle-mère, étaient-ils rapportés fidèlement? Et vous a-t-on réellement privée de votre enfant dans les mêmes circonstances?

Cordialement,

Victoria


Chère Victoria,
 
Ces films, dont on m'a singulièrement rabattu les oreilles depuis que je participe au projet de Dialogus, ont malheureusement contribué à donner de moi une image complètement faussée.
 
Désolée de détruire votre rêve rose, chère Victoria... Les contes de fées doivent être pris pour ce qu'ils sont: des contes. Oui, Franz est bien tombé amoureux de moi au premier coup d'œil. Oui, il est vrai qu'il devait épouser Hélène, expressément choisie pour lui par l'archiduchesse Sophie, et qu'il m'a préférée..., ce que l'archiduchesse ne m'a jamais pardonné, bien que je n'y sois pour rien! Je n'avais que quinze ans, mon premier amour (le comte Richard S...) venait de mourir, j'avais encore le cœur brisé, et voilà que ma mère m'annonce que j'ai fait le plus grand effet à l'empereur et qu'il voudrait m'épouser! J'avais bien remarqué son regard insistant, mais n'en avais qu'éprouvé de la gêne... Pourquoi me regardait-il ainsi, plutôt que de s'occuper d'Hélène?
 
Hélène avait été préparée, elle avait beaucoup appris depuis que ma tante avait informé ma mère de son intérêt à la voir impératrice. Elle connaissait les langues qu'il fallait, savait «s'ennuyer avec grâce» comme on disait alors dans la bonne société, parler à des inconnus, causer même si elle n'avait rien à dire, bref, l'épouse parfaite pour un empereur! Et moi? À peine savais-je me débrouiller dans mes verbes irréguliers anglais et valser sans m'empêtrer dans ma traîne! Une enfant, rien d'autre! Et c'est bien ainsi que ma belle-mère m'a considérée dès mon entrée à la cour. Une enfant à éduquer, à «dresser», physiquement capable de porter des enfants, certes, mais jamais ô grand jamais de les élever! Franz, aussi épris fût-il, croyait également en mon incapacité d'éducatrice. Pour lui, j'étais une charmante enfant à choyer, à admirer, mais à qui on ne pouvait sérieusement songer à confier des responsabilités. Et surtout pas la responsabilité d'élever les précieux héritiers Habsbourgs! Voilà la réalité, chère Victoria. Encore pourrais-je facilement noircir des pages et des pages sur ce que furent mes premières années à Vienne, mes déceptions, mes chagrins... Tout cela n'a pas tué l'amour, cela a empêché de naître...  Car s'il y eut coup de foudre, j'ai le regret de vous annoncer qu'il fut à sens unique. J'étais gentiment éprise, sans plus, au moment de nos fiançailles, je trouvais Franz beau, prévenant, et j'aurais pu l'aimer autant qu'il m'aimait si seulement on me l'avait permis... Mais l'étiquette minutait nos moindres moment d'intimité, nous pouvions à peine nous parler seuls à seuls quelques moments chaque jour: il y avait toujours une réception, une «activité» au programme. Franz, préparé depuis l'enfance à compartimenter sa vie, à séparer le personnage privé du personnage public, n'avait aucun mal à vivre notre mariage ainsi. Moi, je n'ai jamais pu m'y faire.
 
Le temps a tout de même fini par créer un lien solide et indestructible entre moi et Franz, quelque chose de plus fort que l'amour, s'il est possible. On ne vit pas tant de chagrins, de guerres et de drames ensemble sans que cela ne soude durablement deux personnes. Il est l'être au monde que je souhaite le moins chagriner, et j'espère de tout cœur partir avant lui.
 
Sincèrement,
 
Élisabeth

Chère Élisabeth,

Merci pour votre réponse que je découvre à peine dans la messagerie que je ne consulte pas souvent... Je suis heureuse de connaître un peu de votre vie «réelle» même si, quelque part, cela vole le rêve que j'imagine de votre amour... Je pense qu'il est dommage que l'étiquette et la vie à la cour vous aient privée d'un grand bonheur, que vous auriez pu vivre, sans eux...

Vous restez une merveilleuse princesse à mes yeux et je persiste à rêver un peu.

Cordialement, chère Sissi,

Victoria