Charlène
écrit à

   


L'Impératrice Sissi

     
   

Ta vie

    Ma chère Sissi,

Tu ne peux pas savoir comme je t'admire. Pour moi tu n'es pas la reine malheureuse, mais une femme, une mère, avec beaucoup de courage et c'est pour cela que je t'admire.

Je regarde les films avec Romy Schneider presque tous les jours et j'ai été un peu déçue de savoir que ce film ne montre pas la vraie histoire. C'est pour cela que je voudrais savoir tous les moments importants de ta vie: tes enfants, ta maladie, ta famille, ta mort. Je veux tout savoir. Pourrais-tu, s'il te plaît, répondre à toutes ces questions et me faire une biographie de ta vie. Sissi, aurais-tu des photographies de toi à m'envoyer? Car pour moi tu représentes tout Sissi... Une photo avec une belle robe, s'il te plaît.

Je t'adore, Sissi. Merci de me répondre.

A la prochaine car je te réécrirai.

Charlène pour qui tu es tout



Chère Charlène,

Il existe en effet plusieurs photographie de moi, car j'ai eu grand plaisir, dans ma jeunesse, à «essayer» ce nouveau mode de représentation avec M. Angerer, le meilleur photographe de Vienne. Mais le temps et l'espace nous séparant, je ne puis malheureusement vous les faire parvenir. M. Dumontais, qui s'occupe de Dialogus, m'a expliqué au début de mon intervention ici, que cet instrument qui s'appelle «Internet» et dont nous nous servons pour communiquer peut également servir à faire toutes sortes de recherches. Sans doute pourriez-vous vous en servir pour trouver les photographies que vous désirez.

Quant à ma biographie, elle serait fort longue, chère enfant, le mauvais sort s'étant acharné à semer les embûches et les malheurs sur ma vie. Je me bornerai à vous en tirer les grandes lignes, et vous pourrez satisfaire votre curiosité en lisant nombre d'autres lettres publiées sur Dialogus.

Je suis donc née à Munich, le 24 décembre 1837. A seize ans, j'ai épousé l'empereur François-Joseph 1er, qui devait initialement épouser ma soeur Hélène mais qui, à la surprise de tous — y compris à la mienne! — est tombé amoureux de moi au premier regard. Nous avons eu quatre enfants: Sophie, décédée à l'âge de 2 ans, Gisèle, qui est désormais la belle-fille du prince-Régent Luitpold de Bavière, Rodolphe, décédé à Mayerling en 1889, et ma chérie, ma Valérie, née en 1868. Sophie, Gisèle et Rodolphe m'ont été pratiquement arrachés à la naissance et élevés par ma belle-mère Sophie, qui me jugeait trop jeune et puérile pour en avoir soin moi-même. Ce n'est que lorsque Rodolphe a eu six ans, quand j'ai vu comme son gouverneur le maltraitait, que j'ai retrouvé suffisamment de confiance en mes capacités de mère pour intervenir. La ville de Vienne et la Cour ne m'ont jamais vraiment acceptée, et je me suis donc tournée tout naturellement vers un milieu plus chaleureux, vers la Hongrie qui elle, était prête à m'offrir son amour. Ce fut le seul acte de politique de toute mon existence: le Compromis Hongrois de 1867, qui établissait une quasi-égalité entre l'Autriche et la Hongrie. Rompant ensuite avec une existence qui n'était pas faite pour moi, que je n'avais ni désirée, ni choisie, je me suis consacrée pendant des années à la chasse à courre, puis à la marche, à l'étude du grec ancien et moderne, à la poésie, m'évertuant à demeurer une personne privée et fuyant les réceptions et les mondanités. Les guerres, la mort, la maladie se sont succédées sur ma route, chère enfant, et si j'ai été pendant un temps la «plus jolie tête couronnée d'Europe» (dixit l'impératrice Eugénie), il ne reste plus rien désormais de ma beauté passée. J'erre à travers l'Europe, vêtue de noir, incognito, recherchant partout une paix introuvable, et que seul le sommeil éternel saura m'apporter. Mon âme s'envolera alors comme une fumée, par une petite ouverture du coeur...

Amicalement,

Élisabeth.