Anaïs
écrit à




L'Impératrice Sissi






Stéphanie et Erszi



Bien chère Élisabeth,

J'ai appris que vous n'appréciiez pas l'épouse de votre défunt fils, Stéphanie de Belgique. Votre époux partagerait également ce sentiment. Dans ce cas, pourquoi avoir accepté cette union?

Êtes-vous proche de votre petite-fille, Élisabeth-Marie, surnommée Erszi?

Mes sincères salutations,

Anaïs


Chère Anaïs,
 
En ce qui me concerne, jamais je n'aurais accepté cette union. Ce mariage était un désastre dès le moment où il a été décidé. Franz a envoyé Rodolphe en Belgique pour qu'il y rencontre Stéphanie et, je ne sais pourquoi, Rodolphe a été emballé par cette grande petite fille mal fagotée dans sa première robe d'adulte... Sans doute, habitué à des femmes faciles qui se jetaient à sa tête, l'immaturité et le manque d'expérience de Stéphanie l'ont touché... Franz voulait une alliance avec la Maison de Cobourg -comme s'ils ne nous avaient pas déjà apporté suffisamment de malheurs avec le mariage de Charlotte et de Maximilien!- et fut très heureux de voir que Rodolphe acceptait ce mariage de raison. Car ce fut un mariage de raison, rien de plus. Rodolphe, le premier emballement passé, a rapidement réalisé dans quel pétrin il s'était mis, sans aucun espoir d'en sortir... C'est la mine lugubre qu'il a marché vers l'autel, le 10 mai 1881, répondant un «oui» inaudible au prêtre, alors que le «oui» de Stéphanie a été littéralement claironné à travers l'église! Je n'aimais pas cette jeune fille dont le visage éclatait d'orgueil, un sentiment très laid à voir sur un aussi jeune visage. J'ai compris rapidement que seule la certitude d'être un jour impératrice lui importait dans ce mariage... Mon fils a tenté de vivre une vie familiale avec elle, j'ai vu des lettres où il lui donne de petits surnoms tendres, mais jamais elle n'a répondu à cette tendresse qu'il tentait de faire naître entre eux, et il a fini par chercher consolation ailleurs, avec les conséquences dramatiques que l'on sait.
 
Il était cependant très attaché à sa fille. Erzsi lui ressemble beaucoup: les mêmes yeux, la même intelligence, le même cœur noble qui se révolte facilement contre les injustices... C'est une très belle jeune fille de quinze ans qui obtient absolument tout ce qu'elle veut de Franz. Elle vient de vivre ses premiers bals et vit à la Hofburg, près de son grand-père qui l'adore, mais abandonnée le plus souvent par une mère voyageuse qui ne l'aime guère, pas plus qu'elle n'a aimé son mari ou son père... J'ai voyagé moi aussi, dans la jeunesse de mes enfants, mais parce qu'on m'empêchait de les élever, parce qu'on me les avait enlevés, et non parce que je me désintéressais d'eux! Stéphanie n'aime guère qu'elle-même, et passe plus de temps dans les villes d'eaux, avec le comte de Lonyay qui la suit partout, qu'avec sa fille. Erzsi me demande souvent de l'emmener avec moi en voyage. Je voudrais bien, mais je ne peux pas; je sais qu'un jour, je ne reviendrai pas...
 
Amicalement,
 
Élisabeth