Souverains sympathiques?
       

       
         
         

Véronique

      Sa Majesté l'Impératrice!

À mon plus grand hasard, je suis tombée sur quelques-unes de vos lettres... Vivant au temps de l'Europe romantique de l'Impératrice Reine, Victoria d'Angleterre, je me demandais si dans votre parcours actuel en tant qu'impératrice d'Autriche, vous avez rencontré de nombreuses figures appartenant à la monarchie? Et qui de vos rencontres vous a le plus conquise, en qui vous avez vu une bonté humaine ou encore en qui avez-vous remarqué une grande et noble personne?

Merci de répondre à mes nombreuses questions,

Véronique
         
         

Impératrice Sissi

      Chère Véronique,

Il est vrai que mon «métier» d'impératrice m'a amenée à rencontrer beaucoup de «têtes couronnées» durant ma vie... En fait, beaucoup plus que je ne l'aurais souhaité!

J'ai rencontré l'Impératrice Eugénie pour la première fois à Salzbourg, en août 1867. Sans la trouver spécialement sympathique, j'ai dû convenir que ses origines modestes ne l'empêchaient pas de faire montre de beaucoup de noblesse et de dignité. Une grande Impératrice. Pratiquement tous les souverains d'Europe sont passés par Vienne lors de l'Exposition Universelle, en 1873. L'Impératrice Augusta, épouse de l'Empereur Guillaume 1er, par exemple, parlait si fort qu'elle avait été surnommée «la Corne de Brume» par les courtisans toujours si gracieux. Mais il s'est vite avéré que c'était une excellente femme, d'un caractère élevé, et j'ai fini par apprécier grandement sa compagnie. Mais si toutes ces visites, lors de l'Exposition, furent pour moi une série de corvées, celle du Shah de Perse fut une véritable distraction. Quel être original et amusant, ce Nasir al Din! Il était arrivé à Vienne avec de magnifiques chevaux blancs aux crinières teintes en bleu et en rose, et il a transformé les appartements de Laxemburg, où Franz l'avait logé, en boucherie et en poulailler! Pauvre Franz, lui qui aime tant son cher Laxemburg!

Mais ma préférée, mon amie, ma «soeur en poésie» fut et reste sans conteste la reine Élizabeth de Roumanie, qui publie des poèmes sous le nom de Carmen Sylva. C'est la seule à qui j'ai pu parler de mon commerce spirituel avec Heine, de mes propres poésies, et c'est la seule que j'ai pu aller jusqu'à tutoyer. «Carmen Sylva - ai-je écrit dans mon journal lors de notre première rencontre - si tu sais lire dans les coeurs, tu dois voir que le mien t'appartient. Entièrement.»

Amicalement,

Elisabeth