Céline
écrit à




L'Impératrice Sissi






Sissi, mon modèle



Ma chère Sissi,

J'aimerais faire connaissance avec vous si vous le voulez bien. Je vous connais depuis toute petite grâce aux dessins animés qui passaient à la télé, et je vous trouve super.

Quels sont vos vrais prénoms et nom? Votre pays d'origine est bien la Hongrie, n'est-ce pas? Qui étaient vos parents?

En attendant vos réponses avec impatience, je vous embrasse bien fort.

Céline


Bonjour chère Céline,
 
Vous me semblez bien jeune, chère enfant et, telle une bonne grand-mère -j'ai presque soixante et un ans, après tout! - je tâcherai de satisfaire au mieux votre curiosité.
 
Mon nom complet est «Élisabeth Amélie Eugénie de Wittelsbach», et je suis née en Bavière. J'aime énormément la Hongrie, j'ai depuis longtemps adopté le hongrois comme langue courante et j'ai beaucoup aidé ce pays à récupérer la vraie place qui lui revient au sein de l'Empire. Ce n'est cependant pas mon pays natal.
 
Je suis née à Munich, le 24 décembre 1837. Mon père était le duc Maximilien «en» Bavière (le titre de duc «de» Bavière étant réservé aux ducs de la branche royale de Wittelsbach) et ma mère la duchesse Ludovica. Ma mère était la fille du roi Maximilien 1er, elle était donc princesse «de» Bavière et a plus ou moins «déchu» en épousant mon père mais, comme c'est encore le cas à mon époque, on ne demandait pas l'avis des jeunes filles de la noblesse avant de les marier à quelqu'un. Ma mère a voulu prendre sa revanche sur son «mauvais» mariage en tentant de nous marier, moi et mes sœurs, à des souverains. Elle y a presque réussi, mais seules deux d'entre nous ont vraiment été heureuses en mariage: ma sœur Hélène, qui devait originellement épouser Franz et qui a finalement épousé le prince de Tours & Taxis, qu'elle a eu la douleur de perdre après dix ans de mariage, et ma sœur Sophie qui, après quelques épisodes tumultueux, a fini par connaître le bonheur avec Ferdinand d'Alençon. La mort de ma sœur l'an dernier, dans l'incendie du Bazar de la Charité (1897) a été une tragédie pour son pauvre mari qui la pleure encore.
 
Et moi, direz-vous... Eh bien disons que sans les tracasseries de ma belle-mère et de la cour, aux débuts de mon mariage, sans le manque de confiance de Franz à cause de mon extrême jeunesse, sans maintes autres choses qu'il serait trop long de raconter ici, j'aurais sans doute connu le bonheur avec mon époux, moi aussi. Mais les circonstances, l'étiquette qui régissait nos moindres moments d'intimité, les horaires, les guerres, les déceptions de toutes sortes l'ont empêché. Je tiens à lui, nous éprouvons aujourd'hui une grande tendresse l'un pour l'autre mais si je l'ai épousé, c'est surtout parce que ma mère me répétait «qu'on n'envoie pas promener un empereur d'Autriche!»

Amicalement,
 
Élisabeth



Chère Sissi,
 
Oui, je suis bien jeune. Je tiens a vous remercier pour avoir pu répondre a mes questions. Et j'en ai encore quelques-unes, si ça ne vous dérange pas trop.
 
Quand vous étiez petite, que faisiez-vous de vos journées? Habitiez-vous dans un château? Est-il encore là de mon temps? Depuis quelle année m'écrivez-vous? À quel âge vous êtes-vous mariée? Avez-vous été heureuse?
 
Merci d'avance. J'attends avec impatience vos réponses.

Mes amitiés,
 
Céline


Bonjour chère Céline,
 
Excusez mon long délai pour vous répondre... J'étais partie depuis plusieurs mois, une croisière qui m'a menée d'Alger au sud de la France, en passant par cette Suisse que j'aime tant... Même mon époux ne savait plus où me joindre!
 
Lorsque j'étais enfant, mes journées était bien remplies, même s'il m'a toujours été difficile -encore aujourd'hui- de suivre un horaire bien établi. Le petit-déjeuner avec ma mère et tous mes frères et sœurs était sacré. Ensuite, il était bien difficile de nous réunir tous les huit, à quelque autre moment de la journée. J'avais un programme d'étude, bien entendu, mais je n'étais pas une très bonne élève. Je préférais dessiner, composer des vers en cachette, je n'étais pas très douée pour la danse ni pour les langues étrangères, et je massacrais littéralement notre malheureux piano! La baronne Wulfen avait fort à faire pour tenter de me discipliner un peu. Et lorsque mon père était là, entre deux voyages -j'ai de qui tenir!- il venait aussitôt nous libérer de nos leçons, au grand dam de nos précepteurs, pour nous emmener piller les vergers!
 
L'hiver, nous vivions à Munich, dans un palais de la Ludwigstrasse. Il s'y trouve encore, mon frère cadet en a hérité et il y réside encore parfois. Nous passions nos étés à Possenhofen, dans une demeure achetée par mon père lorsque j'étais encore bien jeune, davantage un gros manoir qu'un château, où nulle étiquette ne venait nous gâcher la vie. C'était la liberté, nous pouvions courir pieds nus dans les champs, avec les paysans du village, galoper, nous baigner et pêcher dans le lac de Starnberg...
 
Cette vie idyllique s'est arrêtée pour moi en août 1853... Je venais à peine d'avoir quinze ans, nous allions à Ischl fêter l'anniversaire de mon cousin François-Joseph, que ma mère espérait voir épouser ma sœur Hélène. Franz m'a regardée, et en un instant j'étais remarquée, préférée, fiancée! Franz ne me déplaisait pas, mais on ne m'a guère laissé le temps de le connaître ou de m'interroger sur mes sentiments pour lui. Il était tombé amoureux de moi, et je n'avais plus rien à dire. «On n'envoie pas promener un empereur d'Autriche!» disait ma mère.
 
Je n'ai guère été heureuse, chère enfant. Je n'étais décidément pas faite pour cette vie, pour ce milieu hypocrite qu'est la cour, où le «paraître» est cent fois plus important que «l'être». J'ai tenté sincèrement de remplir mes devoirs, j'ai été auprès de Franz à chaque moment difficile, nous avons vécu ensemble les chagrins, les guerres et les deuils, un partage qui solidifie davantage un couple que n'importe quelle passion. Je tente de lui éviter tout soucis, mais comme j'ai l'esprit chagrin et que je n'arrive guère à l'égayer depuis la mort de notre fils, je préfère fuir l'Autriche toutes les fois que cela m'est possible. Nous nous écrivons, nous nous soucions l'un de l'autre, mais nous n'arrivons plus guère à partager quoi que ce soit lorsque nous sommes ensemble.
 
Nous sommes en 1898, chère enfant. J'aurai bientôt soixante-et-un ans, en décembre. Ma beauté n'est plus qu'un souvenir, je traîne ma sciatique et mon visage ridé par les larmes de par le monde, en essayant d'y trouver un peu de paix.
 
Sincèrement,
 
Élisabeth