Anne-Sophie
écrit à




L'Impératrice Sissi






Sissi la reine



Bonjour,

Je me nomme Anne-Sophie. Aimeriez-vous être «normale», si je peux le dire comme ça?

Je vous admire.


Chère Anne-Sophie,

Même si on se plaît à colporter un peu partout que je suis folle, je vous affirme que je me considère comme parfaitement «normale»! Non, trêve de plaisanterie, je comprends parfaitement où vous voulez en venir.

Oui, j’aurais préféré n’être «rien», n’être qu’une simple femme, bonne épouse, élevant ses enfants auprès d’un époux aimant et surtout disponible. J’aurais préféré que ma mère ne m’amène pas à Ischl, en ce lointain été 1853 où François-Joseph m’a préférée à ma sœur Hélène. Oh combien les choses auraient été plus simples, si Hélène avait épousé Franz! Elle
aurait certainement été une impératrice selon les souhaits de ma belle-mère, sachant tenir convenablement son rang, mettant un enfant au monde chaque année… Je ne nie pas l’amour
 qui nous a liés, un temps, Franz et moi. Je ne renie pas les sentiments que j’ai alors éprouvés pour lui et qui m’ont tout de même rendu la vie supportable durant quelques années. Mais
 ces sentiments, que dans le romantisme de mes quinze ans j’ai pris pour de l’amour, n’ont jamais pu se développer en moi en quelque chose de profond -du moins d’aussi profond que
 les sentiments de François-Joseph pour moi. Je sais qu’il m’aime, mais que cet amour ne l’a pas nécessairement rendu heureux. J’ai des remords quand je vois ses cheveux blancs, son visage marqué de soucis; je mérite si peu sa tendresse et ses bontés! Je m’efforce de lui causer le moins de chagrin possible, et je suis même allée jusqu’à lui «offrir» une amie pour me «remplacer». Auprès de Katerina Schratt, il peut rire, se délasser, penser à autre chose pendant quelques heures, alors que l’image du chagrin que je porte en moi ne peut qu’augmente
r le sien, depuis la mort de notre fils. J’ai pour lui beaucoup de tendresse, du respect, je me préoccupe de sa santé et j’aime bien sa compagnie, même si nous nous heurtons souvent à
force d’incompréhension. S’il n’avait pas été empereur, les choses auraient sans doute été très différentes. Le devoir, l’étiquette, la Cour, ma belle-mère, tout cela a contribué à nous séparer dès les touts débuts de notre mariage et a empêché notre amour de s’épanouir. Mon incapacité à occuper cette place où le destin m’avait placée malgré moi, mon désir d’indépendance et mon refus de n’être qu’un personnage public ont fait le reste.


Oui, chère amie, j’aurais préféré n’être «rien». Ce mariage n’a été heureux ni pour moi, ni pour Franz. Les souvenirs et la tendresse que nous éprouvons l’un pour l’autre nous
 permettent encore, parfois, de partager de beaux moments ensemble, mais toujours me revient à l’esprit ce cri du cœur que j’ai poussé à quinze ans devant sa demande en
mariage : «Si seulement il n’était pas empereur!».


Amicalement,

Élisabeth