Séverine
écrit à

   


L'Impératrice Sissi

     
   

Sentiments vis-à-vis de Gisèle

    Chère Sissi,

Je suis moi-même maman de deux enfants, et je trouve étrange que vous puissiez aimer un enfant plus que l'autre! Vous parlez toujours de Marie-Valérie; Gisèle était-elle très jalouse des sentiments que vous portiez à votre petite dernière?


Chère Séverine,

Mes relations avec ma fille Gisèle ont toujours été plutôt complexes. Comme elle m’a été pratiquement confisquée à sa naissance, on ne m’a pas laissé créer avec elle les liens indéfectibles qui lient une mère à son enfant. J’ai récupéré un moment sa tutelle, mais la mort de ma fille aînée Sophie est venue contrecarrer tous les espoirs que j’avais mis dans mon rôle de mère, dans mon désir de former une vraie famille avec Franz et mes enfants. J’étais à ce point persuadée de ma culpabilité dans la mort de Sophie, que j’ai laissé ma belle-mère reprendre le contrôle de l’éducation de Gisèle, en même temps que celle de Rodolphe, né entre-temps. Par la suite, les maladies, le dégoût de la Cour, m’ont éloignée de Vienne, et lorsque je me suis un peu apaisée et que j’aurais pu revenir créer ces liens, elle était déjà fiancée! Franz a simplement agi en bon père de famille, soucieux de donner sa fille à l’un des rares princes catholiques disponibles, en l’occurrence le prince Léopold de Bavière, et a précipité les fiançailles alors que Gisèle n’avait encore que quinze ans. C’était beaucoup trop tôt, à mon avis, et j’ai imposé un an d’attente aux fiancés. Une année pour me rapprocher de ma fille, une année pour tenter de tisser des liens, c’est peu, vraiment trop peu. Je n’ai pas réussi à m’attacher à elle, tout comme je suis restée pour elle une étrangère, une femme fantasque, une femme trop belle auprès de laquelle elle paraissait désespérément terne et qu’elle était forcée d’appeler «Maman».

Gisèle n’a jamais été jalouse de Marie-Valérie; en fait, les deux sœurs s’entendent très bien, se fréquentent, s’écrivent... Valérie a toujours admiré en Gisèle le modèle d’épouse et de mère qu’elle s’est efforcée, après son mariage, de reproduire. Il faut dire que Gisèle avait déjà douze ans lors de la naissance de Valérie... trois ans plus tard et elle était déjà fiancée. C’est dire qu’elle était presque une adulte, complètement sous la coupe de sa grand-mère, l’archiduchesse Sophie, lors de la naissance de ma dernière fille. Les circonstances ont donc fait qu’elle l’a peu fréquentée durant sa petite enfance, ce qui ne fut pas le cas de Rodolphe, qui n’avait pas encore dix ans à l’époque. C’est de Rodolphe qu’est venue la jalousie, et non de Gisèle, et encore de façon bien timide car Rodolphe était un excellent petit garçon. Au pire lui arrivait-il de bouder lorsque je le quittais pour un voyage, en emmenant Valérie avec moi, mais jamais il n’a essayé de lui faire du mal. Durant ce qui fut malheureusement la dernière année de sa vie, les rapports entre Valérie et Rodolphe s’étaient d’ailleurs singulièrement améliorés et c’est avec une grande tendresse qu’ils se sont embrassés une dernière fois sous l’arbre de Noël, en 1888, un mois avant le décès de mon pauvre fils. Un souvenir doux et déchirant à la fois.

Amicalement,

Élisabeth