Rudolphe
       

       
         
         

Angel

      À sa majesté, Elisabeth d'Autriche,

J'ai beaucoup lu à votre sujet et je dois dire que je vous admire beaucoup. Pourtant la plus grande énigme pour moi serait la mort de votre fils, Rudolphe. S'est-il suicidé ou a-t-il été assassiné comme a dit S.M. Zita? S'il s'est suicidé, est-ce la culpabilité qui vous a fait vivre de cette manière pendant les dernières années de votre vie? C'est-à-dire, porter des robes noires et souhaiter mourir...

Au plaisir d'avoir votre réponse,

Angel

P.S. Je sais que vous vouliez venir en Amérique et que malheureusement vous n'avez pu... Alors comme vous disiez que vous pensiez venir en Amérique, je suis heureuse que vous puissiez le faire maintenant. Bon voyage! (je vous conseille l'ouest)
         
         

Impératrice Sissi


 
Ma chère âme,

Évoquer la mort de mon fils est toujours pour moi un sujet très douloureux. Depuis des années, je me reproche de ne pas avoir été assez présente dans sa vie… Peut-être aurais-je pu voir venir le drame, peut-être aurais-je pu le détourner de fréquentations qui l’ont mené à sa perte… Nous avions des caractères très semblables, et nous nous comprenions, nous nous aimions, mais de loin… 

Ma chère enfant, je ne saurais vous dire si mon fils a été assassiné ou s’il s’est suicidé. L’une ou l’autre des hypothèses est tout aussi douloureuse pour moi. Peut-être les gens de votre époque en savent-ils davantage que moi. Peut-être mon époux en sait-il plus que moi, mais ne m’en dit pas plus pour me protéger… On a évoqué un désordre mental pour expliquer le suicide de mon fils, afin d’obtenir l’autorisation de célébrer des funérailles catholiques. Le Pape a d’abord refusé, puis mon époux lui a envoyé un nouveau message dont il ne m’a pas confié la teneur. Ce message contenait-il des explications relativement à un meurtre plutôt qu’à un suicide? Je l’ignore, mais après ce second message, le pape a donné son autorisation. Peut-être avez-vous là l’explication. Pour ma part, qu’il ait été assassiné ne m’apporte aucun réconfort. Mon fils est mort. Mes ennemis auront au moins la satisfaction de se dire qu’aucun fils de moi ne règnera sur l’Autriche. Une certaine culpabilité, peut-être, mais surtout un profond chagrin m’ont fait adopter le deuil pour le reste de ma vie.

Quant à venir en Amérique, cela m’est malheureusement impossible. J’aurais bien aimé faire ce voyage, la mer m’attire comme un aimant, j’ai envie de voguer dès que je la regarde. Malheureusement, mon époux serait beaucoup trop inquiet de me savoir sur l’océan, et il a déjà suffisamment de soucis et de chagrins sans que je ne lui donne des inquiétudes supplémentaires. Déjà que mes éternelles pérégrinations à travers l’Europe le mettent en transes…

Amicalement,

Élisabeth