Grégoire
écrit à




L'Impératrice Sissi






Rodolphe



Pourriez-vous me dire si Rodolphe s'est suicidé ou s'il a été assassiné pour raison d’état?


Cher ami,
 
Bien des récits, plus farfelus les uns que les autres, ont circulé concernant Rodolphe. Pour moi, un seul point importe: mon fils est mort. Mes ennemis auront la satisfaction de ne me voir laisser aucune trace en Autriche, puisque ce n'est pas ma descendance qui régnera.
 
Dès que j'ai su que Rodolphe était mort, je me suis plus ou moins désintéressée des causes. Quelle explication pourra me rendre mon fils? Évidemment, savoir qu'il s'est suicidé, hors de toutes les règles de l'Église, est pour moi un chagrin qui s'ajoute à celui de sa mort. Savoir après coup qu'il était aussi malheureux, aussi désespéré, et ne pas avoir pu le protéger alors que je l'ai pourtant sauvé d'une mort presque certaine lorsqu'il avait six ans, est également un poids de plus sur ma conscience. Et finalement, lire le rapport d'autopsie certifiant qu'il s'est donné cette mort «dans un moment d'aberration mentale» est une torture supplémentaire. Pourquoi lui ai-je légué ce sang taré des Wittelsbach? Pourquoi François-Joseph m'a-t-il rencontrée, pourquoi a-t-il mis un jour le pied dans la maison de mon père?
 
Y a-t-il eu complot contre lui? Certainement. Sa mort est-elle le résultat de ce complot? Qu'il ait été assassiné ou qu'il se soit suicidé, je crois que l'on peut effectivement affirmer que sa mort résulte de ce complot, quel qu'il soit. Il se sentait peut-être menacé, il sentait peut-être que son père était menacé, à cause des imbroglios politiques qui se tramaient autour de lui, et toutes ces tensions ont eu raison de son équilibre. Je crois que la thèse du suicide par amour ne tient pas la route; la pauvre baronne Vetsera n'a été là que pour lui donner le courage de commettre l'irréparable. Il ne l'aurait pas fait sans elle, mais il ne l'a pas fait pour elle.
 
Amicalement,
 
Elisabeth