Robes et coiffures
       

       
         
         

Jessica Frederick

      À Sa Majesté l'Impératrice Élisabeth d'Autriche,

Chère Élisabeth,

Tout d'abord, je tiens à vous dire que je suis l'une de vos plus grandes admiratrices. Ainsi, j'aimerais vous poser quelques questions auxquelles j'aimerais que votre Majesté réponde dans la mesure du possible.

Premièrement, j'aimerais savoir combien de temps que cela prenait à votre Majesté pour vous préparer à chaque jour. Combien de temps accordiez-vous à la coiffure de vos si beaux cheveux? Aussi, j'aimerais connaître le nombre de robes que vous portiez à chaque jour et pour quelles occasions. Est-ce que vous remettiez deux fois la même robe et les mêmes accessoires? 

En ce qui concerne les bals, j'aimerais savoir si vous dansiez souvent avec François-Joseph et si vous aimiez cela. Quelles sont les danses dans ce genre d'événements? Quelle était votre préférée? Au repas, deviez-vous retirer vos gants pour manger ou deviez-vous les garder?

Finalement, j'espère que votre Majesté répondra à mes questions, car votre réponse sera très appréciée.

Sincèrement vôtre,
Jessica
          
          

Impératrice Sissi


 
Très chère Jessica, 

Sachez que je suis très flattée de cette admiration que vous professez avoir pour moi. Vous êtes d'une gentillesse vraiment exquise, et c'est un plaisir pour moi de répondre à vos questions.

Vous m'interrogez sur mes robes et coiffures. Curieux comme ce type de question revient souvent, les gens de votre époque semblent vraiment très préoccupés par la mode. Pour ma part, il y a longtemps que je ne la suis plus, je ne porte plus que du gris ou du noir, et mes robes sont parfois plus simples que celles de mes dames d'honneur! Mais autrefois, il me fallait effectivement changer de robe plusieurs fois par jour et ce, même si rien de particulier n'était inscrit au programme de la journée. Une robe du matin, une robe d'après-midi, et une autre pour le grand dîner en famille. Les jours de réception, c'était pire! Le jour de mon sacre comme reine de Hongrie par exemple, j'ai dû supporter une robe à lourde traîne sous une chaleur accablante, j'ai porté une robe de tulle plus légère le reste de l'après-midi, une autre pour le grand dîner de gala et une autre pour le bal! Ma toilette du matin, pour me préparer au sacre, n'a pas pris moins de quatre heures! Je pouvais remettre les mêmes robes ˆ sauf évidemment ma robe du sacre que je n'ai mise qu'une seule fois ˆ et les accessoires. Aux débuts de mon mariage, il était d'usage que je ne mette mes chaussures qu'une seule fois, puis elles revenaient à mes femmes de chambre. Je devais également garder mes gants pour manger. Je n'ai supporté ces contraintes que très peu de temps, et bien vite j'ai retiré mes gants pour manger et remis mes chaussures plusieurs fois! Inutile de vous dire que cela ne faisait pas l'affaire de ma belle-mère ˆ ni de mes femmes de chambres! Quant au soin de mes cheveux, c'est mon souci quotidien, je suis l'esclave de mes cheveux. Je refuse même de sortir lorsque Fanny, ma coiffeuse, est malade. Je consacre une heure par jour à ma coiffure, et je mets ce temps à profit pour acquérir du nouveau vocabulaire grec. Dans ma jeunesse, c'est le hongrois que j'apprenais tout en me faisant coiffer!

Je ne dansais malheureusement pas souvent avec Franz, sauf dans les bals vraiment privés, ceux que j'ai fait donner pour les débuts de ma fille Valérie dans le monde, par exemple. Mais lors des bals de la cour, nous ne pouvions danser ensemble que la toute dernière danse de la soirée, vers minuit, et nous nous retirions par la suite. Le bal se poursuivait pour les invités, généralement jusqu'à 2 ou 3 heures du matin. Je dansais peu, car il était contre l'étiquette de m'inviter, à moins que ce ne soit à la suggestion expresse de mon époux. Ma danse préférée était la valse, j'aimais beaucoup me laisser emporter sur les trois temps popularisés par Monsieur Strauss! Depuis plusieurs années, je me fais remplacer lors de ces bals que je ne supporte plus. Stéphanie, l'épouse de mon pauvre Rodolphe, m'a remplacée pendant huit ans, et c'est désormais Marie-Thérèse, l'épouse de mon beau-frère Charles-Louis, qui remplit ce rôle. A mon avis, elle a beaucoup de mérite car, en ce qui me concerne, c'était une véritable corvée.

Amicalement,

Élisabeth