Question très personnelle
       

       
         
         

Fabrice et Christine

      Avez-vous vous vraiment fait l'amour avec Franz?
         
         

Impératrice Sissi

      Que voilà une question directe! Les gens de votre époque ne s’embarrassent pas de circonvolutions verbeuses, on dirait! Moi qui me plains si souvent de l’hypocrisie du monde dans lequel je vis, une si brutale franchise, bien que rafraîchissante, me désarçonne un peu, je l’avoue…

Je vous répondrai simplement ceci: j’ai eu quatre enfants… Ce n’est pas une preuve, me diriez-vous? Je peux vous dire cependant que malgré tout ce que mes ennemis pouvaient avoir contre moi, jamais la légitimité de mes enfants n’a été mise en doute par qui que ce soit. Malgré les rumeurs calomnieuses qui ont circulé autour de la naissance de ma Marie-Valérie (on attribuait sa paternité à Andràssy), ces sots bruits se sont éteints d’eux-mêmes dès que sa ressemblance avec Franz s’est affirmée. Franz et moi nous nous aimions profondément aux débuts de notre mariage, et nous nous sommes comportés comme n’importe quel couple marié désirant des enfants… 

Amicalement,

Élisabeth


 



 

Fabrice et Christine


 
Je m'excuse d'avoir posé cette question si brutalement, j'aimerais savoir si vous aviez le droit de dormir dans la même chambre et dans le même lit? ET ENCORE UNE PETITE CHOSE très intrigante pour moi, est-ce vrai que vous avez reçu de l'argent le matin de la perte de votre virginité, donc je suppose le lendemain de votre mariage?

Fabrice et Christine










Impératrice Sissi


 
Chers Fabrice et Christine, 

Ceux qui ont établi le protocole régissant les mariages impériaux ne semblent pas s'être souciés beaucoup de la pudeur des jeunes filles... Il y avait effectivement un versement d'argent prévu le matin suivant le mariage, qu'on appelait le morgengable, le don du matin. Douze mille ducats... J'ai appris alors que la virginité avait un prix! Mais ce n'est pas la seule chose que j'ai reçue ce matin-là... J'ai également reçu ma première « leçon d'étiquette », qui me fut particulièrement pénible. Je souhaitais simplement, en ce matin magique, partager mon petit-déjeuner dans l'intimité avec mon mari. Ma tante Sophie m'a forcée à paraître à la table commune et mon mari a cédé. C'est la première grande déception qu'il m'a infligée. Je n'ai pu soutenir longtemps le regard inquisiteur de ma belle-mère, et je me suis enfuie dans ma chambre en pleurant pendant que j'entendais clairement ma tante demander à Franz sans détours si «cela» s'était bien passé... Quel souvenir affreux!

Quant à dormir dans la même chambre et dans le même lit, la mode dans les grandes familles était alors pour les couples de faire chambre à part. Je n'ai pas voulu me plier à cet usage, et Franz et moi avons pratiquement toujours fait chambre commune. Les quelques rares occasions où nous avons fait chambre à part furent lorsque j'étais enceinte, car il était alors admis que l'empereur devait «ménager» entièrement son épouse, et également en quelques occasions où nos relations furent un peu plus orageuses, comme par exemple lorsque la maladie et les rumeurs d'infidélité de Frantz qui m'ont particulièrement blessée m'ont poussée à partir pour Madère. Mais le reste du temps, nous avions notre chambre commune à Schönbrunn, à Gödölö, à la Hofburg, à Laxemburg, à Lainz... Maintenant que l'âge vient, nous avons recommencé à faire chambre à part, afin de ne pas nous déranger avec nos habitudes respectives. Je me lève tôt, mais tout de même pas à 4h30 du matin! Et François-Joseph se couche très tôt alors que je peux lire et écrire très tard dans la nuit.

Voilà, j'espère avoir satisfait votre curiosité!

Amicalement,

Elizabeth