Sofia
écrit à

   


L'Impératrice Sissi

     
   

Question délicate

   

Chère Sissi,

Je suis une jeune fille qui aimerait savoir comment se passait votre vie intime avec votre mari. Cette question, je l'avoue, peut vous paraître impertinente, voire vulgaire (ce qui n'est pas mon but, je vous l'assure). J'aimerais être un peu au courant du déroulement des choses au XIXe siècle. Faisiez-vous l'amour uniquement dans le but d'avoir des enfants? Ce serait assez dommage, je l'avoue, mais il paraît que c'était comme cela à votre époque.

J'espère que ce sujet ne vous indispose pas.

Avec du respect,

Sofia


BR>Chère âme du futur,

Ne m'en veuillez surtout pas, je vous prie, si j'élude quelque peu votre première question. C'est là un sujet que les femmes de mon époque n'abordent qu'avec infiniment de circonspection, et généralement seules les mères reçoivent ce genre de confidences. Même si des écrivains de votre temps ont affirmé que je me suis «trompée de siècle comme on se trompe de porte», je n'en reste pas moins prisonnière des tabous de mon XIXe siècle et je me sens extrêmement mal à l'aise de vous décrire ces périodes d'intimité. Disons seulement que Franz avait été initié par des femmes peu farouches - que les courtisans appelaient joliment les «comtesses hygiéniques» - et que, malgré tout son amour pour moi, il n'était guère préparé à devoir employer des trésors de patience envers une jeune épousée de seize ans. Nos relations se sont toujours ressenties de ces premières nuits, bien que l'amour immense de Franz pour moi ait parfois rendu la chose, sinon agréable, du moins point trop pénible.

Votre seconde question, à savoir si tout cela n'est fait que dans le but de procréer, m'a néanmoins arraché un sourire. Nous ne sommes plus à l'époque de Philippe II, chère enfant! Lorsqu'un homme et une femme s'épousent par amour, surtout si cet amour perdure, il est normal qu'ils se le prouvent. Ce n'est que lorsque l'amour est totalement absent que ces gestes n'ont qu'une fonction purement procréatrice. Je n'ai jamais eu d'attirance, loin s'en faut, pour la chose physique, mais j'ose à peine imaginer ce que ce doit être lorsqu'il n'y a ni amour ni tendresse entre les époux! Une série d'actes purement mécaniques, dans l'unique but de concevoir. Quel drame doit être celui de milliers de femmes épousées sans amour, par intérêt ou par obligation! N'être qu'un objet dont on use, un réceptacle... L'amour de Franz m'a tout au moins évité ce genre de dégoût.

Amicalement,

Élisabeth