Quelques erreurs
       

       
         
         

Corinne Perrot

      Chère Sissi,

Est-ce dû à la fatigue ou à l'émotion mais j'ai relevé quelques petites erreurs dans les explications données à tes admirateurs.

Concernant ta soeur Hélène par exemple, elle n'a pas eu la vie heureuse que tu décris. En effet son mari Maximilien Thurn und Taxis n'a pas été trouvé pendu dans sa chambre suite à de mauvaises affaires, mais suite à un accident en 1867, alors qu'Hélène était enceinte de son dernier enfant. Elle a aussi survécu à deux de ses enfants morts jeunes (dont sa fille aînée Elisabeth décédée à 21 ans). Comme toi, elle a connu la fatalité, les décès et est sombrée dans la mélancolie. Par contre, c'est ton beau-frère le Comte de Trani, époux de Mathilde qui a été retrouvé pendu.

As-tu également oublié que tu étais friande de fraises et de chantilly, et que tu étais capable au cours des rares repas servis en présence des archiducs et de l'empereur d'attendre ce dessert sans toucher aux autres plats... Quant à ton anorexie, il est vrai que tu avais un appétit de moineau, tu sélectionnais ta nourriture et parfois te laissais aller à la gourmandise... Ne faisais-tu pas venir des petits gâteaux de célèbres pâtissiers viennois que tu dégustais en petite quantité en les partageant avec ton entourage (coiffeuse, dames de compagnies..), ou des tartines de fromage?

Je pensais également que tes fleurs préférées étaient les violettes.

Je croyais te connaître, je vois que je me suis trompée... D'ailleurs, comment peut-on prétendre connaître quelqu'un alors qu'il est déjà si difficile de se connaître soi-même.

Amicalement.
         
         

Impératrice Sissi 


 
Ma chère âme,

Avec la quantité astronomique de courrier que je reçois et les changements de secrétaires auxquels j'ai eu à faire face au cours de la dernière année, il est parfois difficile d'éviter de s'embrouiller! Je vous signale toutefois que l'erreur concernant Hélène et Mathilde a été corrigée dans un autre message intitulé «vos soeurs». Ce sujet m'est douloureux, ma soeur Mathilde n'est plus que l'ombre d'elle-même depuis des années, et ma chère Néné est morte dans mes bras en 1890, et j'en souffre toujours... Permettez donc que je ne m'attarde pas sur ces sujets de chagrin.

Sur le chapitre de la nourriture, ainsi que le dirait un personnage de votre époque dont j'ai entendu parler, «je persiste et je signe»! La nourriture me dégoûte, il y a beau temps que je ne prends plus mes repas à la grande table familiale; je me contente ordinairement, au dîner, d'un verre de bière ou de lait que je prends dans ma chambre. S'il me prend parfois la fantaisie de faire un bon repas, il reste que je deviens nerveuse dès qu'on me parle de nourriture et qu'on tente de me forcer à manger. J'ai effectivement un excellent pâtissier, qui fait la joie de mes dames d'honneur, mais pour ma part, ce sont ses petites miches viennoises que j'apprécie. Ah, les fameux strudels et sachertorte viennois... Peut-être me confondez-vous avec ma «doublure», Katerina Schratt? La pauvre, elle tente bien de m'imiter en se serrant dans ses corsets à s'étouffer, mais c'est une guerre perdue pour elle, contre l'amour de la bonne chère et des saucisses avec lesquels, selon le mot irrévérencieux d'un courtisan, elle «attache» mon époux...

Les fleurs... Une correspondante dernièrement soutenait que ma fleur préférée est le delphinium, dont j'ai fait ma fleur-fétiche dans les jardins de l'Achilléion. Une autre me disait que ce sont les roses rouges... Vous, vous insistez pour me faire dire qu'il s'agit des violettes... Oui, j'aime les violettes, mais aussi le delphinium et les roses rouges... Et j'aurai toujours une tendresse particulière pour la fleur de jasmin, qui me rappelle mon cher cousin Louis II de Bavière. Je ne vous en veux pas; toutes, vous avez lu à mon sujet des choses écrites par des gens qui croyaient bien me connaître... Mais, comme vous le dites si sagement, comment arriver à connaître les autres quand on se connaît parfois si mal soi-même? Le baron Warsberg se vantait «elle m'a permis de l'approcher comme à personne auparavant». Une illusion qu'il a partagée avec bien d'autres personnes qui m'ont côtoyée...

Amicalement,

Elisabeth