Sportiza
écrit à

   


L'Impératrice Sissi

     
   

Projet d'étudiante

    Bonjour,

Je vous écris dans le cadre d'un projet d'enseignement religieux. J'aimerais savoir comment c'était de vivre à votre époque? Avec les traditions etc... et votre méchante belle-mère.

Chère demoiselle,

Votre question est malheureusement beaucoup trop large pour que je puisse vous répondre avec précision. Comment par une simple lettre pourrais-je vous décrire la façon de vivre de mon époque? Je suis persuadée que les ouvrages sur le XIXe siècle ne manquent pas dans vos bibliothèques, et sauraient vous répondre mieux que je puis le faire, puisque je vis dans ce siècle et qu'en conséquence je manque un peu de recul pour l'analyser.

Toutefois, comme vous me dites que ce travail est fait dans le cadre d'un cours en enseignement religieux, je puis vous dire que je suis catholique, que la Bavière et l'Autriche sont des pays de langue allemande à majorité catholique alors que la Prusse et la plupart des autres pays de l'Empire allemand sont à majorité protestante. Mais il existe en Bavière une forte minorité protestante, avec laquelle la communauté catholique coexiste dans un esprit de grande tolérance. C'est d'ailleurs ce qui m'avait grandement frappée en Autriche, au début de mon mariage. Durant cette période où Franz négociait un Concordat avec l'Église catholique (accord selon lequel l'Église prenait contrôle des mariages, de l'éducation et de plusieurs autres institutions), j'ai aidé financièrement une petite église protestante de la région d'Ischl qui manquait d'argent pour ériger un clocher. Quel tollé à Vienne! Je n'aurais jamais cru que ce simple geste, posé dans un esprit de bonne entente inter-cultes tel que je le connaissais en Bavière, aurait fait autant de bruit! Ma belle-mère était évidemment, avec le cardinal Rauscher (surnommé Plauscher, c'est-à-dire le bavard!) à la tête des utramontains, et m'a amèrement reproché mon geste.

Aujourd'hui, le Concordat a été dénoncé, le mariage est devenu un acte civil (même s'il se déroule le plus souvent à l'église) et c'est à nouveau l'État qui s'occupe des règles de l'éducation. Un professeur de gymnastique n'a plus besoin de prouver qu'il se confesse régulièrement et qu'il assiste assidûment à la messe pour obtenir un poste. C'était le cas pendant toute la durée du Concordat, vous vous imaginez! Comme quoi les excès, dans un sens ou dans l'autre, finissent souvent par sombrer dans le ridicule.

Amicalement,

Elisabeth