Flore
écrit à




L'Impératrice Sissi






Première rencontre



Très chère Sissi,

Je ne vous connais pas mais j'ai suivi toute votre histoire. Vos films m'ont beaucoup plu et m'ont appris énormément sur vous. Vous êtes différente de toute les princesses que j'ai pu voir dans les films. Est-ce-que vous aimez toujours autant les animaux? Et que sont devenus vos frères et sœurs?

Au revoir et à très bientôt! Portez- vous bien.

Votre nouvelle amie,
Flore


Bonjour Flore,

Au risque de vous décevoir, je vous dirai que ces films ont été grandement romancés. D'après les éléments transmis l'équipe de Dialogus, bien des aspects de ma vie y ressemblent, mais d'autres ont été carrément inventés. Par exemple, je n'ai jamais été enfermée dans ma chambre, je ne me suis pas enfuie je n'ai pas rencontré Franz par hasard sur un chemin en allant pêcher! Je l'ai rencontré de la façon la plus conventionnelle qui soit, dans le salon de ma tante Sophie, alors qu'on lui présentait Hélène. Son regard s'est arrêté sur moi... et mon destin a été scellé!

Ma sœur Hélène a été bien heureuse pendant dix ans, épouse du prince Maximilien de Thurn und Taxis. Son époux, qu'elle adorait, est malheureusement décédé alors qu'elle avait encore de jeunes enfants à élever et son fils aîné Maximilien, que j'aimais énormément, est lui aussi décédé peu après sa majorité. Elle en a été très affectée et sa raison nous a donné des soucis pendant quelque temps. Mais elle s'est reprise et a su gérer avec intelligence l'héritage de son fils Albert jusqu'à sa propre majorité. Elle est décédée en 1890 dans mes bras, après une atroce maladie.

Mes sœurs Marie et Mathilde sont toujours en vie. Elles ont épousé deux frères. Marie a épousé le roi François de Naples et des Deux-Siciles -qui a perdu son trône aux mains de Garibaldi moins d'un an après être devenu roi- et Mathilde a épousé le comte Louis Trani. Ces mariages, «arrangés» évidemment, n'ont pas été très heureux. Marie, surtout, a été très malheureuse auprès de son époux durant les premières années. Il faut dire que François avait été pratiquement élevé en moine; il avait appris à ne voir dans la femme qu'un objet de péché et était plutôt maladif. Mais avec les années il a fini par apprécier la femme belle et courageuse qu'était Marie, et comme dit souvent ma dame d'honneur, il était «devant elle comme devant moi le porteur de la gare». Ils n'ont eu qu'un seul enfant, une petite fille morte peu de temps après sa naissance. François est décédé en 1894, regretté par tous. Quant à Marie, je me suis brouillée avec elle dans les années 1880. Elle avait colporté auprès de mon fils Rodolphe des mensonges dégoûtants sur moi et mon écuyer Bay Middleton et je ne lui ai jamais pardonné d'avoir voulu me salir aux yeux de mon propre fils.

Mathilde a été un peu plus heureuse avec Louis, bien qu'il ait envisagé le mariage avec infiniment de désinvolture. Il s'occupait très peu d'elle, et elle a évidemment eu la tentation de se consoler ailleurs. Mais ils ont fini par trouver un terrain d'entente dans la grande tendresse qu'ils vouaient tous deux à leur fille Marie-Thérèse. Louis est mort en 1886, dans des circonstances que je préfère ne pas évoquer ici...

Ma plus jeune sœur Sophie, après des fiançailles lamentables avec Louis II de Bavière -qui a fini par lui rendre sa parole, ne pouvant se résoudre à épouser une femme- a connu un mariage fait de hauts et de bas avec l'excellent Ferdinand d'Alençon. Elle est décédée tragiquement l'an dernier, à Paris, dans le tragique incendie du Bazar de la Charité. On dit qu'elle est morte en sainte, les mains jointes, demandant qu'on sauve d'abord les jeunes filles. Mon malheureux beau-frère ne s'est pas encore véritablement de cette tragédie, il l'aimait tellement!

Mon frère Louis-Guillaume a renoncé à son droit d'aînesse en 1859 pour pouvoir épouser l'amour de sa vie, l'actrice Henriette Mendel, que le roi Maximilien de Bavière a accepté de titrer baronne de Wallersee pour l'occasion. Ils ont eu deux enfants, Marie et Charles, ce dernier décédé dans sa première année. Marie a été très proche de moi pendant sa jeunesse, je voulais faire oublier qu'elle n'était, aux yeux de l'aristocratie, qu'une «nièce morganatique» et en quelque sorte améliorer son rang en faisant d'elle ma nièce préférée. Cependant elle a trahi mon amour et ma confiance en présentant à mon fils des femmes indignes d'elles, notamment celle qui allait l'accompagner dans la mort, Marie Vetsera. Je n'ai jamais accepté de la revoir après la mort de Rodolphe, me brouillant ainsi avec Louis, avec lequel je m'était pourtant très bien entendue pendant des années malgré son caractère difficile. Je disais souvent qu'il était heureux d'avoir épousé une femme aussi douce qu'Henriette; une autre l'aurait probablement abandonné très vite. Depuis la mort d'Henriette, il s'est remarié avec une autre actrice -eh oui, il adore le monde du théâtre, mon cher frère!-beaucoup plus jeune que lui. Il se teint les cheveux et la moustache au noir de suie, et si on peut accuser quelqu'un dans la famille d'avoir «un petit grain», c'est bien lui!

Mon frère Charles-Théodore, le plus proche de moi par l'âge, a été longtemps mon frère préféré. Nous ne nous voyons plus guère, non par brouillerie mais plutôt à cause de nos emplois du temps. Je suis presque toujours en voyage, alors que lui est devenu un ophtalmologiste réputé, le premier Wittelsbach ayant fréquenté l'université pour apprendre et exercer une profession. Cela lui a été beaucoup reproché dans l'aristocratie Bavaroise, mais comme on sait qu'il opère souvent les pauvres gens de la cataracte sans exiger le moindre paiement et que bien d'autres spécialistes viennent le consulter pour avoir son opinion sur des cas difficiles, il a gagné le respect de toute la population. Il s'est marié deux fois, tout d'abord avec Sophie de Saxe, qu'il aimait énormément. Toutefois, Sophie s'est mal remise de la naissance de leur fille Amélie et sa santé, demeurée fragile, n'a pas résisté à une infection pulmonaire deux ans plus tard. Amélie est demeurée toute sa vie une grande amie de ma fille Marie-Valérie. Charles-Théodore s'est remarié sept ans plus tard avec Marie-Josèfe du Portugal, une femme que j'apprécie beaucoup. Ils ont eu cinq enfants et je suis la marraine de leur seconde fille, Élisabeth.

Finalement, le benjamin de la famille, Max-Emmanuel (surnommé «Mapperl»), a épousé la femme qu'il aimait en secret depuis longtemps, Amélie de Saxe-Cobourg Gotha. Il avait caché son amour car Amélie était fiancée au prince Léopold de Bavière, mais le destin fait parfois preuve d'un étrange sens de l'humour... Considérant que Léopold était l'un des rares princes catholique à qui on pouvait confier notre fille Gisèle en toute sécurité, François-Joseph l'a invité en 1870 à une partie de chasse en compagnie de toute notre famille, et les fiançailles ont bientôt été célébrées! Je trouvais Gisèle beaucoup trop jeune mais François-Joseph avait raison: Léopold était un homme calme et raisonnable, tout à fait ce qu'il fallait à Gisèle. Mon frère, heureux comme un roi, a alors pu épouser la fiancée délaissée, Amélie, et leur union a été très heureuse jusqu'à la mort prématurée de mon frère, à l'âge de quarante-quatre ans seulement, en 1893.

J'espère avoir comblé votre curiosité par cette très longue lettre, ma chère Sophie! Je crois même que je vais y référer désormais tous mes correspondants de Dialogus qui me demanderont des détails sur ma fratrie!

Sincèrement,

Élisabeth