Philomène
écrit à

   


L'Impératrice Sissi

     
   

Pour voir si c'est vrai

    Chère Impératrice,

J'espère vraiment vraiment que vous répondrez à cette lettre,

Je sais pertinemment que vous n'êtes pas la vraie, mais je voudrais savoir si tout ce que vous dites est VRAI.

N'avez-vous pas regretté d'avoir épousé Franz peu après votre mariage?

Comment est morte Hélène?

Est-ce que vous étiez aussi belle que Romy Schneider?

Est-il vrai que vous ayez attrapé Franz par une canne à pêche (comme dans le film!)

Vous êtes bien allée en Normandie aussi pour votre maladie, n'est-ce pas?

Au revoir et répondez à ma lettre SVP!

Philomène



Chère Philomène,

Le prétexte de mon voyage en Normandie n'était pas ma propre santé, mais celle de ma fille, Marie-Valérie. Le médecin lui avait prescrit des bains de mer, et j'ai choisi la Normandie pour pouvoir m'y entraîner à la chasse à courre. J'avais l'intention de suivre les chasses d'Angleterre, mais je savais que les cavaliers devaient être très aguerris, et je souhaitais y faire bonne figure. J'ai donc décidé de «m'entraîner» un an à l'avance, et j'ai profité de ce voyage imposé par la santé de ma fille. Joindre l'utile à l'agréable, en quelque sorte. Mal m'en prit, car j'y ai eu le seul accident de cheval de ma vie. Une simple commotion, mais comme j'ai donné de la tête contre un arbre, j'aurais très bien pu y laisser la vie! Heureusement, j'en fus quitte pour la peur, et je suis remontée à cheval très rapidement par la suite, pour prouver à tout le monde que ce ne serait pas cette rosse qui aurait raison de mon courage.

Il m'est très difficile de m'exprimer au sujet des regrets quant à mon mariage; tout cela est fort complexe et ne peut être tranché en noir ou blanc. J'étais fort éprise de François-Joseph, lors de notre mariage, et ce béguin d'adolescente aurait très bien pu se transformer en grand amour, en sentiment profond, si le protocole et la froideur de la cour de Vienne ne s'étaient pas acharnés à nous séparer. Ma belle-mère trouvait que je me comportais en petite bourgeoise et que de courir après mon mari était tout à fait incompatible avec mon rang d'impératrice. Elle voulait sincèrement notre bonheur, j'en suis certaine, mais un bonheur organisé, avec ses moments d'intimité prévus par l'étiquette et d'où la spontanéité d'un sentiment amoureux était rigoureusement exclue. Ce n'est ps d'avoir épousé François-Joseph que j'ai regretté, c'est d'avoir épousé un empereur. S'il n'avait été qu'un simple tailleur! Ce titre, cette grandeur, ces règles aussi désuètes que ridicules ont tué l'amour qui voulait timidement s'épanouir en moi. Franz a été capable de vivre son amour au sein de cette cour, il y avait été élevé dès son enfance, il acceptait les contraintes de l'étiquette comme inévitables, et il avait été préparé à vivre son amour dans des conditions soigneusement prévues par les horaires. Cette rigidité a eu raison de mes sentiments.

Hélène est morte des suites d'une longue maladie. Son foie était malade, et elle est morte dans mes bras, au milieu d'atroces souffrances, le 16 mai 1890. Oh comme je comprends que l'on puisse mettre soi-même fin à sa vie pour éviter de tels tourments! Oui, la vie est une vilaine chose, dans laquelle rien n'est certain que la mort.

Je ne connais de Romy Schneider que ce que mes correspondantes ont pu m'en dire. Vous écrivant depuis l'année 1898, vous comprendrez que je n'ai jamais pu visionner les films où elle me personnifiait. J'ignore donc totalement si elle était plus ou moins belle que moi; mais je puis vous certifier que j'étais vraiment très belle dans ma jeunesse. L'impératrice Eugénie m'avait même proclamée la «plus jolie tête couronnée d'Europe», ce qui n'est pas peu dire lorsqu'on sait qu'Eugénie était elle-même très belle. Si donc Mme Schneider a été choisie pour me personnifier, je ne doute pas qu'elle devait être elle-même d'une très grande beauté.

Finalement concernant cette histoire de canne à pêche, je vous réfère à une autre lettre que j'ai écrite il y a un certain temps déjà à une autre de vos contemporaines et que j'ai intitulée «L'hameçon». À sa lecture, vous constaterez que les gens qui ont préparé les films que vous connaissez ont vraiment beaucoup d'imagination et vous serez peut-être même déçue de constater à quel point ma première rencontre avec Franz a été conventionnelle. Mais la vie est ainsi, chère enfant; il faut savoir faire la distinction entre la part de rêve et la réalité. Rêver est de votre âge, ne vous en privez surtout pas.

Sincèrement.

Elisabeth


Chère Sissi,

Merci d'avoir répondu à mon courriel. Je voudrais savoir à présent, car j'ai vu l'émission Des racines et des ailes et c'était sur vous, comment vous faisiez pour avoir la taille aussi fine? Il disait qu'il n'arrivait pas à trouver de mannequin (comme dans les magasins) pour mettre des anciennes robes de vous tellement vous aviez la taille fine. Incroyable. Et votre hygiène? Preniez-vous des douches tous les jours?

Au revoir!

Philomène, 14 ans



Chère Philomène,

Il n'y a qu'un seul moyen d'obtenir une taille aussi fine: un laçage extrêmement serré. À mon époque, les jeunes filles commencent à se serrer dès l'âge de douze ou treize ans. Évidemment, dans les cas où la jeune fille est bien en chair, le laçage ne pourra qu'empêcher le désastre, comme ce fut le cas pour ma fille Gisèle dont la silhouette a toujours été plutôt lamentable. Dans mon cas, comme j'ai toujours été mince et que j'ai toujours très peu mangé, le laçage a permis d'affiner ma silhouette encore plus que pour d'autres personnes simplement sveltes. Ma fille Valérie, entre autres, n'a pas la taille aussi fine que moi, mais est tout de même très mince, et le laçage permet de compenser certains dégâts faits par ses quatre maternités plutôt rapprochées.

Oui, je prends une douche ou un bain tous les jours. Les douches sont plutôt rares, mais je possède une salle de bains complète dans ma maison de Lainz et à l'Achilléion, et j'ai fait installer une baignoire - ô anarchie! s'écria ma belle-mère - dans mes appartements de la Hofburg. Comme je ne souhaite pas mouiller mes très longs cheveux chaque fois, je porte un casque un peu spécial pendant que je me baigne. L'hygiène est très importante pour moi, elle fait partie de la beauté. Mon époux se contente, encore aujourd'hui, d'un tub que l'on remplit de brocs d'eau et qui est vidé par la suite; c'est un homme d'habitudes, qui déteste en changer. Mais il supporte avec le sourire ce qu'il appelle mes «excentricités».

Amicalement,

Élisabeth