Isabelle
écrit à

   


L'Impératrice Sissi

     
   

Par votre faute! (et Anna Heuduk Nahowski)

   

Bonjour Sissi,

Pardonnez-moi cette familiarité, mais j'ai grandi avec vous. En effet, je vous ai connue alors que je n'avais que trois ans. Cela fait trente ans que je collectionne tout à votre sujet. J'ai réuni une belle collection à ce jour. Vous m'avez grandement influencée dans mon éducation. C'est pourquoi ma famille et mes amis me disent souvent: «Ne fais pas ta Sissi».

Ma passion pour vous, pour Marie-Antoinette et pour la grande Marie-Thérèse m'a amenée à faire des études universitaires en histoire. En somme, je peux vous assurer que vous ne me quittez jamais.

Je vous écris afin de savoir si le nom de Anna Heuduk Nahowski vous dit quelque chose?

Je vous remercie de l'attention que vous porterez à ma demande.

Cordialement.

Isabelle


Chère Isabelle,

Cette admiration que nombre de mes correspondantes professent avoir pour moi ne laisse pas de me surprendre à chaque fois. Au moment où je vous parle, on est plutôt porté à s'interroger sur ma santé mentale et à dénigrer ma négligence pour les devoirs dus à mon rang qu'à m'admirer. Seuls mes amis les plus proches, mon époux et ma fille Valérie connaissent vraiment mon coeur. Mais je n'ai que faire du jugement des hommes. Heureusement, je sais maintenant que les âmes du futur me rendront justice.

En ce qui concerne Madame Nahowski… Croyez-vous vraiment que les bonnes âmes de Vienne auraient pu me laisser ignorer longtemps son existence? Ceux qui me détestaient étaient si heureux de voir que l'empereur pouvait chercher contentement ailleurs! Les cancans n'ont pas fait faute de se rendre jusqu'à moi, soyez-en certaine. Mais sincèrement, pouvais-je en vouloir à Franz? Cette femme avait si peu d'importance à ses propres yeux, elle n'avait d'autres fonctions que celle qu'avaient les «comtesses hygiéniques» de sa jeunesse. Son attachement pour moi ne s'est jamais démenti au cours de ces années, bien au contraire. Le besoin que je ne pouvais ni ne voulais plus satisfaire étant comblé ailleurs, il pouvait sans contrainte laisser les sentiments, et uniquement les sentiments s'exprimer envers moi. Nos relations s'en sont même trouvées améliorées, curieux n'est-ce pas? Je n'étais plus amoureuse, enfin amoureuse comme j'ai cru l'être durant les six premières années de notre mariage, cette «trahison» ne pouvait donc plus me faire souffrir autant. Bien des couples, et des couples princiers en particulier, se sont accommodés de ce genre d'entente.

Désormais, Mme Nahowski est remplacée, dans une autre mesure, par Mme Schratt, et c'est une excellente chose. C'est d'ailleurs moi qui ai choisi Katherina pour être ma «doublure» durant mes fréquentes absences. Franz ne peut pas toujours rester seul, il a besoin de quelqu'un qui sache le faire rire, l'intéresser par mille sujets terre à terre, ce que ni moi ni Mme Nahowski ne savons plus faire (à supposer que Mme Nahowski l'ait déjà su!) Maintenant, lorsque je retrouve Franz durant mes séjours à Vienne, il est généralement gai comme un pinson, car nous avons désormais le théâtre et l'Amie (Mme Schratt) comme sujets de conversation, ce qui n'était définitivement pas le cas avec Mme Nahoswski! Il y trouve son bonheur, et moi j'ai enfin mon permis de n'être pas là…

Amicalement,

Élisabeth