Laura
écrit à




L'Impératrice Sissi






Othon et votre soeur Sophie



Votre Majesté,

Othon, le frère de Louis II, allait-il souvent à l'opéra avec votre sœur Sophie? En fait, ils aimaient tous les deux cette culture qu'ils partageaient. Et même, apparemment, quand il allait à la chasse, Sophie l'accompagnait souvent, même si elle n'aimait pas chasser. Enfin bref, moi, ce que je vous demande dans tout ça, c'est que je ne serais pas étonnée qu'ils s'entendent à merveille; et vous, qu'en pensez-vous? Donnez-moi confirmation. Puis je vous demanderai si vous avez un peu plus d'informations sur ces deux jeunes gens: je parle bien sûr de Sophie et Othon.

Je vous remercie beaucoup, Votre majesté.

Sinon, comment allez-vous entre tous les voyages que vous faites?

Merci.

Laura


Chère Laura,
 
Bien sûr, Sophie et Othon avaient d'excellentes relations... quand l'état de ce dernier le permettait! Sophie n'avait pas de rôle particulier à la Cour de Munich, avant ses brèves fiançailles avec Louis, et elle s'y rendait surtout en tant que musicienne, admiratrice de Wagner, pour «comploter» le retour de ce dernier à Munich avec Louis. En effet, sur l'insistance de ses conseillers, Louis avait dû bannir Wagner de Munich, et avait été profondément humilié de se faire dicter ainsi sa conduite par ceux qu'il considérait comme des subalternes dénués de tout sens artistique. C'est donc dans cette optique qu'une tendre amitié s'est nouée entre lui et Sophie, débouchant sur leurs désastreuses fiançailles.
 
Pendant la durée de celles-ci, il était de mise que Sophie, en tant que future reine de Bavière, paraisse dans certaines manifestations officielles. Comme Louis détestait tout autant que moi son rôle de représentation, il s'en déchargeait souvent sur Othon, lorsque ce dernier était dans ses bons jours.. Voilà pourquoi on a pu le voir souvent aux côtés de celles que l'on considérait comme sa future belle-sœur, et ils ont pu en effet développer une certaine amitié. Mais on tient malheureusement pour certain qu'Othon, tout comme Louis d'ailleurs, n'était guère attiré par les femmes... Et j'ai su bien plus tard que durant cette période troublée de ses fiançailles, délaissée de plus en plus souvent par un Louis de moins en moins épris, Sophie aurait entretenu une idylle avec le photographe de la cour, Edgar Hanfstaengel. Louis en aurait eu vent, ce qui aurait donné lieu à une première scène de rupture. Puis, dans la crainte du scandale, il aurait confirmé ses fiançailles pour ensuite les rompre à nouveau en 1867, après avoir été sommé par mon père de fixer une date pour le mariage. Othon fut interné à peine cinq ans après ces événements, car il n'était plus possible de faire autrement; il avait donné bien des preuves de sa démence pendant plusieurs années précédant son internement. Je ne crois donc pas à quelque lien romantique que ce soit entre lui et ma sœur, coincée à l'époque entre des fiançailles de plus en plus chaotiques et son amour impossible pour Edgar Hanfastaengel. Tout au plus a-t-elle dû éprouver pour lui de l'amitié doublée d'un trouble sentiment de pitié.
 
Amicalement,
 
Élisabeth


Merci pour votre message, mais que voulez-vous dire par là: «quand l'état de ce dernier le permettait?» Voulez-vous dire que Sophie et Othon se disputaient?

Amicalement,

Laura


Bonjour Laura,
 
Quand je parle de l'état d'Othon, je parle bien sûr de son état mental... Othon a été interné en 1872 et vit désormais enfermé au château de Fürstenried, transformé en véritable forteresse. Lorsqu'on a fini par l'interner, il y avait déjà plusieurs années qu'il était sujet à des crises de démence, des hallucinations et des crises de paranoïa, coupées de période de lucidité de plus en plus espacées et de plus en plus courtes. C'est dire qu'à l'époque même des fiançailles de Sophie et de Louis, l'état mental d'Othon était déjà fort préoccupant, et qu'on l'isolait de la Cour, sous bonne garde, dès que son comportement devenait erratique.
 
Amicalement,
 
Élisabeth


Merci bien pour votre message, mais connaissez-vous des livres sur Othon que je pourrais lire en particulier? Sophie a-t-elle été enfermée elle aussi un moment comme son cousin Othon?

Amicalement,

Laura

Chère Laura,
 
Au moment où je vous écris (nous sommes en août 1898, et je profite de quelques moments de tranquillité dans mon petit pavillon de marbre rose à Ischl, que j'ai fait édifier spécialement pour pouvoir y lire et écrire en paix), aucun livre n'a encore été écrit sur Othon, toujours bien vivant dans son lugubre château de Fürstenried. Je serais bien surprise qu'un livre paraisse à son sujet de son vivant, d'autant plus qu'il est présentement, de nom à tout le moins, le roi de Bavière régnant et qu'un tel livre serait un véritable crime de lèse-majesté. Je ne puis malheureusement vous guider sur les ouvrages parus à votre époque, étant séparée de vous par plus d'un siècle.
 
Ma sœur Sophie a effectivement été internée un certain temps à Graz, à la fin des années 1880. C'est un sujet délicat à aborder puisque tout cela s'est passé il y a bien longtemps, et qu'elle est décédée en véritable sainte l'an dernier, lors du terrible incendie du Bazar de la Charité. Disons simplement qu'elle avait perdu tout contrôle d'elle-même, et qu'elle a fini par retrouver son équilibre grâce aux bons soins du docteur Richard von Kraftt-Ebing, spécialiste des troubles psychiques, et grâce également à l'amour indéfectible de son mari, l'excellent Ferdinand d'Alençon. Je lui ai rendu visite il y a quelques temps, après le décès de ma sœur. Il supporte son deuil avec une dignité exemplaire, bien que son chagrin transparaisse à chaque fois qu'il parle d'elle. Un noble, dans tous les sens du terme.
 
Amicalement,
 
Élisabeth