Domie
écrit à

   


L'Impératrice Sissi

     
   

Notre mode d'habillement

    Madame,

Il y a quelque temps, je vous ai contacté pour vous poser une question, à laquelle vous avez eu la gentillesse de répondre. Je vous recontacte pour vous poser une autre question à laquelle, j'espère, vous trouverez également le temps de répondre.

La question concernait un monde plus libéral et vous me répondez que, malgré le fait que nous soyons plus libres, vous ne vous y sentiriez pas plus heureuse ici qu'à votre époque. Je voudrais maintenant savoir si notre habillement ne vous conviendrait pas mieux sachant que nous les femmes, pouvons nous habiller comme nous le voulons. Nous pouvons nous mettre en pantalon, en bermuda, en short (le bermuda est un pantalon raccourci qui arrive au-dessous ou juste au-dessus du genou, le short est un pantalon qui nous arrive un peu plus bas que les fesses) en jupe, en robe (longue ou courte, bien au-dessus du genou). Vous nous avez expliqué que vos dessous se composaient, en général, d'un corset et d'un petit pantalon. Nos dessous sont bien différents des vôtres. Nous pouvons porter une culotte, un shorties (qui couvre légèrement les fesses) ou bien un string (une toute petite culotte qui derrière ne couvre pas les fesses, mais entre dans les fesses). Pour remplacer vos corsets qui vous tenaient la poitrine, nous portons des soutiens-gorge (qui soutiennent uniquement des seins). Nous pouvons aller à la mer sans que cela dérange ou gêne quiconque. Pour aller à la mer ou à la plage, les hommes portent des caleçons ou bien un slip de bain. Nous, les femmes, avons 2 sortes de maillots de bain. Le premier est une pièce qui enrobe le ventre et laisse le dos dénudé. Le deuxième, en 2 pièces qui constitue une partie haute (soutien-gorge) et une partie basse (la culotte). Nous avons également la chance, si nous le souhaitons, de pouvoir faire du monokini (n'avoir que la culotte du maillot de bain et laisser sa poitrine à l'air). Nous avons aussi une multitude de choix pour les chaussures. Nous pouvons mettre des bottes avec ou sans talons, des petites chaussures avec ou sans talons ou alors des baskets (chaussures pour marcher longtemps ou pour faire du sport). Vous disiez aussi qu'à votre époque, les femmes ne portaient les cheveux courts que si elles avaient été malades et qu'il avait fallu les couper. À notre époque, plus personne ne se soucie de la coiffure féminine. Qu'on ait les cheveux courts ou les cheveux longs, cela n'a aucune importance, ni pour les hommes d'ailleurs qui peuvent porter les cheveux très courts (rasés) aussi bien que longs. Excusez, Madame, la longueur de ma lettre mais c'était pour vous expliquer et me renseigner à savoir si la liberté que nous avons aujourd'hui par rapport à nos tenues, nos coiffures et notre liberté d'expression, vous conviendrait mieux?

En attendant une réponse de votre part,

Veuillez agréer, Madame, mes salutations respectueuses.

Domie



Chère Domie,

Votre lettre m'a laissée perplexe. Je me suis demandé, un moment, si vous ne vous moquiez pas gentiment de moi. C'est que certains éléments de votre mode que vous me décrivez me semblent non seulement étranges, mais souvent même vulgaires et le comble du plus parfait mauvais goût.

Que voulez-vous, chère amie, je vis avec mon temps. Oui, on me dit excentrique, «moderne» avec tout ce que ce mot implique de péjoratif à mon époque, mais jamais au grand jamais je ne m'imaginerais vêtue d'un «short» ou d'un «string»! Miséricorde! Loin s'en faut! Je ne nie pas que ces vêtements apportent aux femmes de votre temps une liberté de mouvement que je vous envie, empêtrée que je suis dans mes jupons et ma longue jupe, mais il me semble —je puis me tromper- que ce que vous gagnez en légèreté, vous le perdez en élégance. Or, comme vous le savez sûrement, j'accorde une valeur particulière à la beauté féminine. Non seulement à la mienne —qui n'est d'ailleurs plus qu'un souvenir, à soixante ans passés— mais aussi à la beauté de toutes les femmes. Je me suis parfois amusée à revêtir des pantalons d'hommes, lors des chasses à Gödölö, mais jamais je n'aurais imaginé qu'ils feraient un jour partie de la garde-robe standard d'une femme!

Excusez-moi si je vous parais un rien rétrograde, chère Domie. Je connais la réputation que les auteurs de votre époque m'ont faite, notamment cette phrase qui dit que je me serais «trompée de siècle comme on se trompe de porte». Il reste néanmoins que je vis bel et bien au XIXe siècle et que malgré toutes mes habitudes que les hommes peuvent trouver curieuses, je n'en suis pas moins prisonnière de mon époque et de ses valeurs. J'espère donc simplement que cette mode rend les femmes de votre temps heureuses, qu'elles profitent à plein de leur liberté de mouvement et qu'aux yeux de vos contemporains, ces vêtements rendent hommage à la beauté de la femme. Je vous avoue que je vous envie une chose, une seule: vos chaussures de sport! Je porte de solides bottines conçues pour la marche, mais j'imagine que cent ans plus tard, on a dû trouver quelque chose de beaucoup plus confortable pour les longues randonnées que j'affectionne!

Amicalement,

Élisabeth




Madame,

Je m'excuse si ma question vous a semblé vulgaire, ce que je ne voulais point faire. Il est vrai que du 21e siècle, il est courant de parler comme cela, mais au 19e siècle, cela ne se faisait point. Je vous prie madame, de bien vouloir accepter mes plus humbles excuses si je vous ai choqué lors de ma question.

Je voulais simplement savoir si nos tenues actuelles, que ce soient des pantalons ou des petites jupes ou petite robes, pour nous les femmes, vous auraient plu?

Avec une fois encore toutes mes excuses pour vous avoir posé une question mal formulée.

Merci encore à vous, de m'avoir si aimablement répondu.

Votre dévouée admiratrice, pour tout le courage que vous avez eu en menant votre propre existence et non celle que l'on voulait vous imposer.

Domie



Chère Domie,

Ne soyez pas inquiète, votre lettre ne m'a en rien offensée. Ce n'est pas votre lettre que je trouvais vulgaire, mais les accoutrements que vous m'y décriviez. Je vis avec mon époque, chère enfant, et même si je détonne parfois, il reste que j'adhère à la plupart des principes qui la régissent. On m'a fait une telle réputation de «révolutionnaire», d'excentrique et de femme vivant hors de mon temps que c'est sans doute pour cela que votre époque pense que je préférerais votre siècle au mien. Évidemment, je trouve la société dans laquelle je vis souvent étriquée, bornée et rétrograde. Il n'en reste pas moins que certaines choses demeurent pour moi difficiles à imaginer, comme ces «shorts», et surtout ces «monokinis» que vous décrivez dans votre précédente lettre. «Shocking!», comme dirait la reine Victoria... Mais vous vivez avec votre temps, chère Domie, comme je vis avec le mien, et tout est bien ainsi.

Amicalement,

Élisabeth