Mireille Gaudry
écrit à




L'Impératrice Sissi






Merci, Sissi



Ma chère Sissi,

Je commence ce petit mot ainsi, excusez-moi, mais pour moi vous êtes si présente!

Je vous admire depuis que je suis toute jeune et cela ne s'est jamais arrêté, au point d'être de vous une véritable «inconditionnelle» et d'être surnommée par mes meilleurs amis «Mireille-Sissi»! Je crois avoir lu énormément d'ouvrages qui relataient votre existence hélas trop brève. Dès qu'un nouveau livre paraissait, je me le procurais et de ce fait, dans ma bibliothèque, j'en ai à présent près d'une dizaine. Chaque fois, je découvrais des détails que j'ignorais encore, d'autres m'étaient rappelés. J'avais ainsi l'impression de vous connaître. J'aurais vraiment voulu, si j'avais vécu à votre époque, être votre amie car par beaucoup de points je vous ressemble. En effet, il y a de nombreuses années j'ai fait la connaissance de votre pays d'adoption, l'Autriche, et j'en suis littéralement tombée sous le charme au point de faire en sorte, chaque année, d'y aller quelques jours en voyage. Je ne comprenais pas très bien pourquoi, jusqu'au jour où, curieuse par nature, j'ai fait une recherche sur Internet... et j'ai découvert que mon nom, Gaudry, venait en fait de l'Allemand Waldrik qui signifie Puissant. Pour moi c'était clair: j'avais des origines germaniques et c'est pour cela que je me sentais proche de vous.

De plus, en 2004, j'ai eu la grande joie de visiter la Villa Kaiser à Bad Isch, votre maison. Et là, j'ai ressenti quelque chose d'unique que je n'évoque aujourd'hui qu'avec de rares personnes. Lors de cette visite, j'ai eu la nette impression que vous étiez à côté de moi, que vous me teniez la main pour me faire vous-même visiter votre demeure. Je n'étais plus dans le groupe mais dans une bulle de laquelle je ne voulais pas sortir... J'avais rendez vous avec vous et ce jour-là, je ne l'oublierai jamais. J'étais bouleversée par tout ce que je voyais: vos objets, votre prie-dieu et surtout le coussin où a reposé votre tête après votre décès. J'ai pleuré, oui, pleuré mais personne n'a rien vu. C'est vrai aussi que lorsque j'étais plus jeune, on me trouvait une ressemblance avec la Sissi que Romy Schneider incarnait à l'époque à l'écran. Mais ce n'était pas cette Sissi qui m'intéressait, mais la vraie, vous!

Je voudrais bien sûr vous faire part de l'émotion que j'éprouve aujourd'hui à vous écrire, d'écrire à mon idole, à cette personne que j'ai et que j'aimerai toujours.

Pour vous, Vienne était un carcan. Une ville hostile, je le comprends -ainsi que la lourdeur du protocole auquel vous vouliez si souvent échapper. Pour moi, c'est une ville où je me sens si bie,n tout comme en Autriche où je me sens chez moi! Tout n'y est pour moi que légèreté, gaîté et sécurité.

Je n'ai pas de question particulière à vous poser: je soutaite simplement une petite réponse de votre part, afin que je puisse conserver un souvenir indélébile de mon passage sur ce site internet et savoir ainsi qu'un jour mon impératrice préférée a daigné s'adresser à moi.


Chère Mireille-Sissi,

J’ai pris grand plaisir à lire votre lettre. Je crois qu’en effet, lorsque deux âmes sont appelées à se comprendre, le temps et l’espace n’ont guère de prise sur ces affinités. Que vous ayez senti ma présence en visitant la Kaiservilla n’a donc rien pour me surprendre. C’est l’une des rares demeures en Autriche où je me sens relativement à l’aise, surtout durant ces heures que je passe à écrire ou à rêvasser dans mon petit pavillon de marbre rose en regardant le Jainzen, ma montagne magique. Avez-vous visité la Villa Hermès, dans le parc de Lainz? Je n’y suis pas allée souvent, mais j’aime bien cette demeure que Franz m’a offerte il y a quelques années en espérant –vaine espérance!– me retenir à Vienne.

Je sais que les gens qui visitent Vienne vantent souvent sa légèreté et sa gaieté. Malheureusement, cette Vienne-là m’est toujours demeurée inaccessible. C’est la Vienne des gens libres, des gens qui peuvent y vivre et y circuler à leur guise, souper chez Sacher, faire des achats sur le Graben... Je ne m’y suis aventurée qu’une seule fois, dans ma jeunesse, et j’ai été rabrouée de telle manière par ma belle-mère que je n’ai jamais recommencé. Les quelques fois où j’ai tenté de circuler dans les rues, accompagnée de Marie Festetics, j’ai été entourée, acclamée, pressée de toutes parts par des centaines de gens, de telle façon que j’ai parfois cru mourir étouffée. Pour les Viennois, je suis un objet de curiosité comme les autres; me voir moi ou le singe qui joue de l’orgue de Barbarie, c’est la même chose. Voilà ce qu’est l’amour! Je sais que mon aversion pour Vienne a été causée principalement par la façon dont l’aristocratie m’a traitée dans mes premières années ici, et que les Viennois n’en sont pas responsables.

Mais la brisure est trop profonde, chère amie, et la réconciliation n’interviendra probablement qu’après ma mort.

Amicalement,

Élisabeth


Merci beaucoup, Sissi, de m'avoir répondu et de me permettre ainsi de venir de temps en temps parler un peu avec vous via Internet.

Votre message m'a fait un plaisir immense car je ne pensais pas que vous entameriez votre précieux temps pour venir parler avec moi. Mon rêve s'est concrétisé, mille fois merci.

Je suis d'accord avec vous lorsque vous me dites que nos deux âmes se ressemblent. Nous avons vous et moi la même passion des voyages mais malheureusement, je n'ai pas visité la villa dont vous me parlez en Autriche; en revanche, j'ai visité celle que vous avez faite construire à Corfou, l'Archilléon. J'ai été frappée par son mélange subtil d'influence grecque avec ses statues en particulier, et son style baroque comme je l'ai retrouvé plus tard en Autriche et que je connais si bien. Ce mélange est superbe, mais, là par contre, je vais être franche, je n'ai pas ressenti autant d'émotions que dans la Villa Kaiser.

C'est vrai que c'est dans cette «maison» que je me suis sentie le plus en communion avec vous et, je me répète, j'ai eu la nette impression d'être votre invitée (peut-être était-ce le cas, après tout!).

Je suis fière, ô combien de notre correspondance, et je souhaite que vous puissiez répondre à ce présent message.

À bientôt peut-être!

Mireille-Sissi