Élodie
écrit à

   


L'Impératrice Sissi

     
   

Ma très chère Reine Liberté

    Ma très chère Sissi,

Ton âme appartient plus à notre époque, le 21ème siècle, que celle où tu vis. Et même si ceux de ton époque ne te comprennent pas, chère amie, nous autres serons toujours là pour toi.

Jamais les Hongrois et l'Europe ne t'oublieront, ma chère Sissi, car ta vie est pour nous exemple du changement. Et c'est grâce à des souveraines comme toi que le monde change et pour ça on te remercie vraiment. Ton amie la reine de Roumanie se demandait comment le peuple supportait les souverains.

Il y a deux catégories: ceux qui veulent seulement vivre et les autres qui aiment le pouvoir et la destruction. Et toi Elizabeth tu as l'âme de la première catégorie et tu mériterais d'avoir une vie dans notre époque, bien qu'elle soit loin d'être parfaite.

Pour toi j'ai un surnom: L'IMPÉRATRICE ET REINE DE LA LIBERTÉ DES PEUPLES VIVANTS.

Élodie qui espère que ce message du coeur t'a fait plaisir.



Chère Élodie,

Rien ne me surprend davantage que tous ces témoignages d'affection que je reçois presque quotidiennement des gens de votre époque. Je suis toujours sidérée de voir à quel point l'opinion des âmes du futur à mon sujet diffère de celle de mes contemporains. Ma fille souriait autrefois de me voir constamment m'adresser aux âmes du futur dans mes poèmes, elle me disait que plus tard, on nous considérerait comme «a funny family» (ce sont ses propres termes). Mais je constate de jour en jour, au fil de ma correspondance, que c'est bien moi qui avais raison. C'est la postérité qui me rendra justice, c'est en elle que je dois espérer. De mes contemporains, je n'attends plus rien, sinon qu'ils me laissent en paix. Vous serez peut-être surprise d'apprendre, ma chère enfant, que je ne suis guère aimée à mon époque. Même en Hongrie, ma terre d'élection, ma patrie d'adoption, on me reproche de ne plus me montrer, et on a manifesté un peu partout à l'annonce de la mort de Kossuth. La politique est décidément bien ingrate.

En toute justice, je me dois d'ajouter une troisième catégorie de personnes à celles que vous avez déjà nommées: ceux qui font leur devoir. Mon époux fait partie de cette catégorie. Attelé à sa table de travail dès l'aube, ne s'accordant que quelques jours à la chasse chaque année, travaillant sans relâche depuis l'âge de 18 ans à ce qu'il croit être le bien de son Empire et de son peuple... Les Viennois se sont attachés à cette lumière qu'ils voient s'allumer dans son bureau dès 5h00 du matin. «Notre Empereur travaille», murmurent-ils avec respect. Et ils ont bien raison de le respecter, car jamais le sens du devoir ne s'est aussi bien incarné qu'en cet homme. Comme je le plains, mon cher petit, de travailler ainsi jour après jour, avec une probité et une dignité que François-Ferdinand sera bien en peine d'imiter, lorsque son tour viendra. C'est pourquoi je pense que désormais, la survie de l'Empire est directement reliée à la survie de François-Joseph, et que l'Empire séculaire des Habsbourg s'effondrera dès qu'il fermera les yeux. Sera-ce un bien? Sera-ce un mal? Je ne puis en juger. Ce n'est pas une chose que j'espère, c'est une chose que je prévois, que je considère comme inéluctable. J'espère simplement ne plus être là quand cela se produira.

Amicalement

Élisabeth