Mathilde, comtesse de Trani
       

       
         
         

Kim et Michèle

      Bonjour Sa Majesté l'Impératrice Sissi,

Nous espérons que vous allez bien. Nous avons recherché des informations sur votre famille afin d'approfondir nos connaissances sur vous. Nous aimerions en savoir davantage sur votre soeur Mathilde, comtesse de Trani (sa date de naissance, ses enfants et descendances, etc). Par ailleurs nous aimerions savoir avec lequel de vos frères vous passiez le plus de votre temps?

Dans l'attente de votre réponse,

Kim et Michèle Kypma-Ampyk
         
         

Impératrice Sissi

      Chères demoiselles,

Ma sœur Mathilde est née le 30 septembre 1843. J’avais presque six ans à cette époque, et j’étais enchantée de cette nouvelle petite sœur pas plus grande qu’une poupée. Enfant, elle était de complexion fragile, mais gaie et chantait sans cesse! Si bien que nous l’avions surnommée «Spatz» (Moineau). Comme moi-même et toutes mes sœurs, elle était très jolie et avait la démarche aérienne que nous avait enseignée notre père:«Tu dois n’avoir qu’un exemple sous les yeux, les papillons», nous disait-il. «Tu dois marcher comme si tu avais des ailes.» Elle n’avait pas encore tout à fait dix-sept lorsqu’elle épousa, le 5 juin 1861, Louis de Bourbon, comte de Trani, le frère du roi François II de Naples et des Deux Siciles (qui lui-même avait épousé ma sœur Marie).

Ce mariage fut un échec. Louis était bon mais prenait son mariage à la légère, et n’avait aucun sens des responsabilités. Lorsque les Bourbons furent chassés de Naples, il sombra dans une profonde dépression. Mathilde, délaissée, s’amouracha de don Salvador Bermundez de Castro, l'ambassadeur espagnol qu'elle avait rencontré à Rome. Elle finit par se réconcilier avec son mari et, le 15 janvier 1867, elle donna naissance à son unique enfant, Marie-Thérèse, à Zurich. Malheureusement, Louis allait de dépressions en crises nerveuses, et il se suicida finalement le 8 juin 1886. Par la suite, Mathilde demeura un bon moment à Zurich, mais voyageait souvent en France où elle visitait notre sœur Sophie d’Alençon, en Bavière, ou en Angleterre chez ma sœur Marie, qui s’était réfugiée là après avoir fui Rome, que les troupes de Garibaldi avaient également investie au nom de l’unité italienne. Présentement, Mathilde habite Munich où elle mène une vie dédiée à la charité et à la dévotion. Je l’envie de pouvoir trouver la paix dans sa foi, et je la visite chaque fois que je passe en Suisse.

Quant à mes frères, j’aime beaucoup mon frère cadet, Charles-Théodore (surnommé «Gackel», petit coq, à cause de son «bon» caractère…). Nous n’avons que deux ans de différence. Il était donc mon grand ami durant mon enfance, partageant tous mes jeux et compétionnant avec moi en natation ou en équitation. Fait rare dans la noblesse, il a étudié à l’Université et est devenu un ophtalmologiste réputé. Rien que pour cette raison, tout le Gotha estime qu’il est aussi excentrique que tous les Wittelsbach, alors qu’il est en fait le plus raisonnable de la famille. Il ne m’a jamais abandonnée, a toujours été là aux moments les plus difficiles de ma vie. Nous nous sommes brouillés quelques temps à la mort du roi Louis II, qu’il persiste à vouloir reconnaître pour fou, mais nous avons fini par nous réconcilier et c’est à lui que j’ai confié mes écrits, des poèmes qui devront être publiés en 1950, ainsi que je l’ai prescrit dans une lettre.

Gackel est mon frère préféré, mais j’ai passé aussi beaucoup de temps avec mon frère aîné Louis, qui a renoncé à ses droits pour pouvoir épouser l’actrice Henriette Mendel («promue» baronne Wallersee pour l’occasion). Pendant des années, j’ai loué pour l’été sa résidence de Garatshausen, sur la rive occidentale du lac de Starnberg. J’aimais beaucoup ma belle-sœur Henriette, décédée le 12 novembre 1891. C’était une femme douce, discrète et très distinguée, mais cette noblesse d’attitude et de cœur ne suffisait pas à la faire accepter par la «vraie» haute noblesse. J’étais donc seule avec eux –et très heureuse de l’être- lorsque je les recevais à dîner: je ne pouvais tout de même pas faire l’affront à tous les hauts personnages de ma suite de les inviter à la même table que ma belle-sœur! Voilà le grand monde, mes chères enfants. Et c’est là que, supposémment, j’aurais dû trouver mon bonheur! 

Amicalement,

Elisabeth