Majesté
       

       
         
         

Marie Angelik De Toubaix

      Majesté,

Depuis toujours je vous admire, du plus loin souvenir de l'époque de ma petite enfance où l'on me racontait votre rencontre avec l'empereur François Joseph. Je peux vous le dire vous êtes l'un de mes plus grands modèles, tellement belle et gracieuse, toujours habillée avec goût. J'ose me permettre de vous écrire pour vous demander qu'elle est le nom de votre couturière et si elle exerce toujours de nos jours. J'ai appris que vous aviez fait don de vos robes généreusement quand vous avez soudainement pris goût pour le noir et, j'espère ne pas vous offenser, mais serait-il possible que sa majesté offre quelque robe à l'une de ses plus fidèles admiratrices dans son infinité bonté?

Recevez avec toute ma gratitude et mon admiration mes meilleurs voeux pour vos futurs voyages. J'aurais un grand bonheur à vous recevoir en ma demeure de Toubaix si vos errances vous menaient jusque-là.

Marie Angelik De Toubaix
         
         

Impératrice Sissi


 
Ma chère Marie Angélik, 

Quel joli prénom! Je vous remercie tout d'abord pour la gentillesse de vos compliments et pour votre invitation. Malheureusement, je ne vais plus guère en France. Ces dernières années, mes pérégrinations m'ont entraînée en Suisse, d'où je vous écris présentement, et surtout en Grèce. J'ai sillonné l'Adriatique dans tous les sens, la mer m'attire plus que tout au monde.

En ce qui concerne mes robes, j'ignore si les couturières que j'employais avant la mort de mon fils pratiquent toujours. Il y a maintenant 10 ans, vous savez, que j'ai distribué le contenu de ma garde-robe à mes dames d'honneur et aux domestiques et je ne porte plus que du noir ou, à la rigueur -comme pour le mariage du ma Valérie- du gris. Comme je ne suis pas du tout la mode, je demande simplement à mes femmes de chambre de prendre mes mesures de temps en temps, et je les charge de passer les commandes pour moi, là où elles le veulent. Cela m'importe si peu désormais!

J'ai suivi la mode des crinolines dans ma jeunesse. C'est bien la mode la plus encombrante de toutes! Je me souviens qu'au cours d'un dîner officiel, le prince de Hesse avait déclaré à sa soeur qu'il était assis «non pas à côté, mais sous l'impératrice!» Il fallait vraiment être exercée pour se déplacer gracieusement avec ces grands paniers incommodes. La reine Victoria disait: « La crinoline est inélégante, coûteuse, affreuse et par-dessus tout, dangereuse». Je ne partage pas tout à fait son opinion, je trouve que cette mode était très élégante, mais comportait effectivement un certain danger, entre autres celui de ne pas voir où on mettait les pieds, ou monter un escalier! Mes crinolines étaient faites à Paris, chez Monsieur Jean-Charles Worth, qui était également le fournisseur de l'impératrice Eugénie. Cette mode a fini par passer vers la fin des années 1870, au grand soulagement de bien des dames. 

Amicalement,

Elisabeth