Josh
écrit à




L'Impératrice Sissi






L'Opéra de Milan et les domestiques




Bonjour,

Vous avez déjà confirmé l'histoire des domestiques envoyés à l'Opéra de Milan à la place des nobles italiens. Mais est-il vrai que vous avez feint de les prendre pour ceux qui les envoyaient (comme dans le film), afin de retourner la situation délicatement à votre avantage ?


Cher Josh,

Non, évidemment, les autorités qui organisaient notre visite en Italie ne sont pas allées jusqu'à autoriser les domestiques de la noblesse à se laisser présenter sous les noms de ceux qui les envoyaient. Pas plus que ces domestiques ne se sont levés pour entonner l'«Hymne à la liberté» de Verdi, d'ailleurs! Ils portaient des habits de deuil et se sont abstenus de se lever pendant l'hymne impérial, l'insulte était bien assez grande comme cela. Ni Franz ni moi n'allions nous exposer à des horions supplémentaires en les rencontrant ensuite. De plus, lors de cette visite en Italie, j'étais encore une toute jeune mariée timide, je peinais énormément à trouver ma place dans cette cour hostile, et jamais je n'aurais eu l'idée même de prendre ce genre d'initiative. Une dizaine d'années plus tard peut-être (je l'ai fait d'ailleurs en Hongrie), mais pas du tout à cette époque. Tout au plus ai-je pu démontrer à Franz la nécessité d'assouplir la férule de l'Autriche sur les provinces italiennes et le bien-fondé de lever la loi martiale, en vigueur depuis 1848. La population nous en a été reconnaissante mais comme le disaient souvent les libéraux Italiens: «nous ne demandons pas que l'Autriche devienne plus humaine, nous demandons qu'elle s'en aille!». Ce qu'elle a fait en grande partie après la défaite de Solferino, sous le parrainage de Napoléon III. Nous avons réussi à nouer des relations cordiales avec Napoléon par la suite, mais jusqu'à sa déchéance en 1870, Franz ne l'appelait en privé que «cette fieffée canaille de Villafranca».  Il ne nous reste plus guère que Trieste et Méran où nous avons encore une certaine présence en Italie, mais ces province sont vouées à se joindre à une grande Italie unie un jour ou l'autre.

Amicalement,

Élisabeth