BOUNOUA Faïza
écrit à




L'Impératrice Sissi






L'impératrice Sissi



Chère Impératrice,

Vous êtes un personnage que j'apprécie beaucoup. Je voudrais en savoir plus sur vous, je souhaiterais tout d'abord savoir comment vous faisiez pour vivre enfermée dans un château. J'aurais aimé vivre à votre époque pour pouvoir assister à un bal et porter les robes que vous portiez. Comment faisiez-vous pour danser avec ces longues robes?

C'est vrai que pouvoir s'exprimer librement est une chance. Où viviez-vous avant votre mariage avec l'empereur?

Étiez-vous plus pauvre?
         
BOUNOUA Faïza
Collège Romain Rolland Tremblay, en France


Chère Faïza,
 
Je n’ai jamais réussi à vivre enfermée dans un château. Certes, on a bien tenté de m’y enfermer, dans les premières années de mon mariage, lorsque ma belle-mère essayait de faire de moi une impératrice selon son cœur. Cet apprentissage, ou plutôt cette tentative de «dressage», a bien failli me briser. Je suis tombée malade, une maladie provoquée par la tristesse, par les efforts que je m’imposais et que l’on m’imposait, par cette vie pour laquelle je n’étais pas faite, par ce moule où on tentait de me faire entrer… J’ai fui la cage dorée, j’ai fui la vie de château, qui n’a jamais ressemblé pour moi aux contes de fées qui ont dû bercer votre enfance, chère Faïza.
 
Oui, la vie de château peut sembler extraordinaire, avec ses pièces innombrables, ses lustres dorés, le cristal, les bougies… Un bal est quelque chose de merveilleux, surtout pour les jeunes filles débutantes, mais également quelque chose de fort contraignant pour des souverains. Nous dansons très peu, Franz et moi, lors de ces bals. Je devrais plutôt dire «dansions», car nous n’en n’avons plus guère l’âge, et surtout je n’assiste plus à aucune cérémonie officielle depuis quelques années. Mais lorsque j’étais plus jeune, ma présence à un bal consistait surtout à rester assise pour recevoir le baisemain de nos invités, puis à rester debout plusieurs heures à parler avec de sottes aristocrates bêtes et méchantes, ou avec des politiciens infatués d’eux-mêmes, persuadés qu’ils dirigent les événements alors qu’ils sont toujours surpris par ces derniers.
 
Les robes que je portais durant ces bals étaient en effet fort belles. Toutefois, tant que la mode des crinolines a perduré, ces toilettes étaient fort incommodes à porter et terriblement volumineuses. Le prince de Hesse, assis près de moi lors d’un dîner en Italie, racontait qu’il était placé «non près, mais sous l’impératrice» tellement le volume de ma robe empiétait sur son espace! Descendre un escalier ainsi vêtue était un exercice périlleux, et s’asseoir devenait un véritable casse-tête. Cette mode est fort heureusement passée depuis la fin des années 1870, et les tournures sont désormais beaucoup plus raisonnables.
 
Avant mon mariage, je vivais avec mes parents en Bavière. Nous résidions à Munich durant l’hiver, et à Possenhofen, que nous surnommions «Possi», durant l’été. J’avais une famille très unie. Nous étions huit enfants, et chacun avait son propre sapin à Noël. Un paradis d’enfance dont j’ai dû me séparer trop jeune, puisque je venais à peine d’atteindre mes seize ans le jour de mon mariage. J’étais en effet plus «pauvre» avant d’épouser l’empereur, mais une «pauvreté» tout de même relative! Mon père était quand même duc, et ma mère est née princesse royale de Bavière. Donc, même si la cour de Vienne a ricané devant mon trousseau qu’on trouvait médiocre ou devant la dot que m’a donnée mon père, jugée également insuffisante, au point que Franz s’est senti obligé de la «compenser» avec 100 000 florins, nous étions tout de même beaucoup mieux nantis que bien des grands bourgeois, et mon père n’avait pas besoin de travailler pour vivre. Il vivait sans doute un peu au-dessus de ses moyens, mais ma mère était là pour veiller au grain. Vous savez, même mon époux, avant d’hériter de son oncle, l’ancien empereur Ferdinand, était loin d’être le plus riche souverain d’Europe! Évidemment, les choses ont bien changé depuis, et dans sa générosité, il m’a accordé des revenus annuels qui me permettent de voyager autant que je le souhaite et de fuir le plus possible loin de Vienne, cette ville que j’exècre entre toutes.

Ce n’est que sur la mer que je me sens dans mon élément, lorsque mon vaisseau ne fait qu’un avec les vagues, et que cette étrange mouette noire, qui me suit dans chacune de mes traversées, fait entendre son cri nostalgique. Je crois bien qu’elle est mon destin.
 
Amicalement,
 
Élisabeth